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Critiques / Théâtre

Les Métamorphoses, la petite dans la forêt profonde de Philippe Minyana

par Corinne Denailles

Légende athénienne

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Ovide écrivit ses Métamorphoses aux environs du Ie siècle après J-C. Celle qui nous occupe relate la tragédie de Térée, Procné et Philomèle ; elle est probablement inspirée de la légende athénienne de Térée, racontée par Sophocle cinq siècles avant J-C. Au cœur d’une forêt profonde se joue le pire crime, le viol d’une petite fille par son beau-frère, le roi. Pour qu’elle ne le dénonce pas, il lui arrache la langue et s’en va conter à la reine que sa pauvre sœur s’est noyée lors de la traversée en bateau. Mais la petite, qui ne manque pas de ressources, saura trouver le moyen de faire savoir la vérité. La reine se vengera en tuant leur fils qui porte en lui le crime du père – c’est qu’on ne plaisantait pas avec la morale en ce temps-là – et en le mettant au menu du père qui va dévorer son propre enfant. La vengeance est un plat qui se mange aussi chaud. Le festin cannibale comme instrument de vengeance se retrouve dans l’histoire de Thyeste qui a séduit la femme de son frère Atrée, thème présent chez Sophocle, Eschyle et qui inspirera Sénèque, Shakespeare, Voltaire et quelques autres. Il n’y a là, comme dans toutes les légendes et contes de notre enfance, que le reflet des horreurs dont l’homme est capable, dans la réalité ou en fantasmes. Depuis Freud et Bettelheim on sait combien ses histoires sont formatrices. Philippe Minyana a mis ses pas dans les pas d’Ovide, dans une jolie forme de théâtre-récit qui revendique ses didascalies. La mise à distance, affirmée par la mise en scène de Martial di Fonzo Bo, fonctionne comme un rehausseur de goût. Ainsi de la petite jouée par Catherine Hiégel (qui interprète aussi la reine) ou du roi, freluquet exaspérant et un peu fou (Benjamin Jungers). Ainsi du registre de langue adopté, sans emphase, sur un ton de neutralité universelle. Pierre-Louis Calixte est un « servant » évanescent un peu décalé. La stylisation, qui épouse des images crues, n’édulcore en rien la violence du propos, au contraire. Un dialogue s’instaure entre les aspects symboliques évidents et le jeu des acteurs, entre théâtralisation et distanciation, de telle sorte qu’on est à la fois de plain-pied avec l’horreur tragique et à une distance suffisante pour se livrer aux interprétations qu’elle suscite. Le spectacle a été créé hors les murs, sur le grand plateau du théâtre2Gennevilliers qui est coproducteur. Pour le Studio, il a été resserré dans une plus grande proximité avec le public. Une variation moderne réussie sur un thème de toute éternité.

Les Métamorphoses, la petite dans la forêt profonde
de Philippe Minyana d’après Ovide, avec Catherine Hiegel, la petite et sa sœur la Reine, Benjamin Jungers, le jeune Roi et le fils du jeune Roi, Pierre Louis-Calixte, une compagne de la Reine et Raoul Fernandez, une compagne de la Reine en alternance. Au Studio théâtre, du mercredi au dimanche à 18h30. Durée : 1h10 jusqu’au 26 octobre 2008.
Coproduction théâtre2gennevilliers – Centre Dramatique National de Création Contemporaine / Comédie-Française – Studio-Théâtre.
Tél : 01 44 58 98 58

www.comedie-francaise.fr

crédits photographiques : Brigitte Enguérand

légende : Catherine Hiégel et Benjamin Jungers

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