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Critiques / Théâtre

Les Justes de Albert Camus

par Corinne Denailles

Au nom du peuple

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Écrite en 1949, au lendemain de la guerre et de Hiroshima, cette pièce est la protestation contre la barbarie aux multiples visages d’un homme éminemment pacifiste et humaniste. Depuis les années 1950, on appelle Justes, les hommes et les femmes non juifs qui pendant la dernière guerre, au péril de leur vie, on eut le courage de secourir des personnes en danger, en les cachant ou en les aidant à fuir. En 1949 cette appellation n’existait pas encore. Les Justes de Camus sont des terroristes de la trempe des Brigades rouges, animés par un idéal politique et prêts à sacrifier des vies en son nom. On sait à quels extrémismes fanatiques peut confiner un idéal aveugle, non raisonné.

En 1905, un groupe de terroristes, décidé à rendre la liberté à la Russie, fomentent un attentat contre le grand-duc Serge. Les faits sont réels, cependant Camus n’a pas pour autant écrit une pièce historique mais une pièce sur la justice et l’amour entre les hommes, par-dessus tout, sur l’amour de la vie. Dans une langue d’une pureté incomparable, parfois un peu démonstrative mais toujours mue par un pouvoir analytique d’une haute sensibilité, Camus met les personnages en face de leurs contradictions, soulignant le paradoxe dans lequel ils se débattent : tuer pour libérer un peuple malgré lui, se transformer en assassin pour panser une blessure intime, par orgueil, parce que c’est la seule manière de donner un sens à sa vie. Ces hommes et ses femmes qui se sont autoproclamé justiciers du peuple, sont des êtres désespérés.

Héros tragiques

La mise en scène de Guy-Pierre Couleau est d’une belle sobriété qui concentre la tragédie. L’apparente simplicité de jeu des comédiens tend le fil dramatique, exacerbe l’urgence de l’action qui est aussi urgence intérieure. Le travail théâtral entièrement tourné vers l’acteur et la mise en valeur des mots et des idées résonne comme un hommage à Camus qui vouait une grande admiration affectueuse aux acteurs. Pas de scénographie réaliste mais un lieu presque abstrait qui figure un appartement vide par les seules cloisons et portes ou qui évoque une cellule de prison par des jeux de lumières. Un no man’s land, un refuge provisoire, en attendant de passer à l’action. Les personnages, absolument dévoués à la cause, n’ont plus d’autre identité que leur projet de mort. Ils sont morts à eux-mêmes, c’est pourquoi ils peuvent se transformer en Kamikazes. Dora (Anne Le Guernec) rappelle Giula (Sonia Bergamasco) la terroriste du film italien Nos meilleures années ; même désespoir buté qui tente de toutes ses forces d’étouffer la flamme de vie qui ne demande qu’à jaillir. Une souffrance terrible émane de sa personne, un désir d’enfance et de vie inassouvi. Kaliayev (Frédéric Cherbœuf) chante avec ardeur la poésie du monde et se jettera dans la mort.

Le théâtre de Camus, souvent taxé d’ampoulé et de moraliste, semble depuis quelques temps retrouver la faveur des metteurs en scène. L’engagement de l’écrivain était celui d’un homme courageux, honnête, citoyen du monde, définitivement révolté contre toute forme d’injustice, qui n’avait de cesse de s’interroger et d’interpeller la société, sans violence ni aménité. Sa parole nous reste nécessaire.


Les Justes de Albert Camus, mise en scène Guy-Pierre Couleau, avec Sébastien Bravard, Frédéric Cherbœuf, Xavier Chevereau, Michel Fouquet, Jany Gastaldi, Anne Le Guernec, François Kergoulay, Nils Ohlund. Au théâtre de l’Athénée, jusqu’au 26 mai . Mardi, 19h, du mercredi au samedi 20h, matinées exceptionnelles : 6 mai à 16h et 19 mai à 15h. Tél. : 01 53 05 19 19.

Crédit photo : Pierre Grosbois

www.athenee-theatre.com

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