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Critiques / Théâtre

Les Enfants de Saturne d’Olivier Py

par Jean Chollet

Fermentation verbeuse

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Fondateur vieillissant du journal La République, Saturne est contraint de mettre un terme à la parution du quotidien dont la vente s’est effritée face aux nouveaux médias. Avec lui va disparaître “une certaine façon de concevoir et d’écrire l’histoire ”. Pour le patriarche, c’est un monde qui s’écroule avec la fin de sa raison de vivre et son incapacité à transmettre le flambeau au sein du cercle familial. Tel le dieu de la mythologie romaine dévorant ses enfants, Saturne ne trouvera aucun recours auprès de ses deux fils Paul et Simon, de sa fille Ans et de son fils illégitime Ré, qui met tout en œuvre pour prendre le pouvoir et entre en lutte avec les autres descendants. L’argument de départ de l’intrigue contenue dans cette nouvelle pièce d’Olivier Py suscite naturellement l’intérêt dans un temps où chaque disparition d’un journal altère souvent l’exercice de la démocratie, mais cet enjeu s’estompe rapidement au profit d’une saga familiale tragique et violente qui se veut annonciatrice d’une apocalypse universelle. Avec la nostalgie surannée d’une certaine idée de la France et autour des déchirements familiaux ponctués d’effusions de sang, de désirs et de frustrations, de considérations sur les formes de l’amour jusque dans les incestes, s’engage un tourbillon qui accumule et brasse les références les plus diverses. Tragédiens grecs, histoire politique plus ou moins récente, la Bible, Shakespeare ou Claudel sont convoqués pour croiser les allusions symboliques et les métaphores d’une démonstration foisonnante et sentencieuse sur l’état du monde, dont le salut ne peut venir bien sûr que des nouvelles générations, représentées ici par le petit-fils de Saturne, Virgile et son ami Nour (lumière en arabe) qui s’embarquent pour l’Afrique sur le dos d’une baleine. L’ensemble porté par un langage pompeux au lyrisme affecté, qui passe mal la rampe au gré des mouvements tournants d’un gradin mobile déplaçant les spectateurs face aux espaces de représentation situés en périphérie, en rappelant les mansions du théâtre médiéval. (Pierre -André Weitz). Cela ne suffit pas à alléger l’impression pesante laissée par le spectacle – malgré quelques brèves fulgurances et les interprétations de Bruno Sermonne, Pierre Vial et Fréderic Giroutru. Alors on s’interroge. Où s’est perdu l’auteur flamboyant, baroque ou malicieux, de La Servante, des Vainqueurs, de l’Epître aux jeunes acteurs, ou de la plus récente Apocalypse joyeuse ? Où est passé le metteur en scène inspiré de la version intégrale du Soulier de Satin, créée en 2003 et reprise avec brio en 2008 ? Pour sa première création depuis sa nomination à la direction de l’Odéon - Théâtre de l’Europe le 1er mars 2007, Olivier Py s’est sans doute fourvoyé, cela arrive aux meilleurs. Il nous doit une revanche. Elle passe peut-être par un peu plus d’humilité pour servir la scène.

Les Enfants de Saturne, texte et mise en scène Olivier Py, avec Nazim Boudjenah, Amira Casar, Matthieu Dessertine, Mathieu Elfassi, Michel Fau, Philippe Girard, Frédéric Giroutru, Laurent Pigeonnat, Olivier Py, Bruno Sermonne, Pierre Vial et Mathieu Elfassi (pianiste). Scénographie, costumes et maquillages, Pierre-André Weitz, lumière Olivier Py avec Bertrand Killy. Odéon-Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier jusqu’au 24 octobre 2009. Durée 2 h 30 (sans entracte)

Photo Alain Fonteray

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