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Critiques / Théâtre

Le Torticolis de la girafe de Carine Lacroix

par Corinne Denailles

Le tourbillon de la vie

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Carine Lacroix et Justine Heynemann ont concocté un petit spectacle farfelu et pétillant d’intelligence sur le thème éternel de l’amour : « Le torticolis de la girafe est une contorsion amoureuse ou comment trouver une résolution par le corps, même si cette résolution s’avère tordue. » Une fantaisie qui a des faux airs de marivaudage moderne. Les jeunes aristocrates laissent la place à un double quatuor de marginaux, socialement inadaptés, qui se lancent à grande vitesse à la recherche du bonheur sur un mode complètement décalé, prenant la scène comme terrain de jeu privilégié pour tromper la peur.

Chômeur, caissière, écrivain raté, ils sont en marge de la société et c’est dans cette marge qu’ils cherchent l’amour, l’autre, le bonheur. Inadaptés à un monde sans poésie, ils ont gardé leur part d’enfance et s’inventent des solutions d’enfants, créatives et naïves. La punkette Queen qui ne voulait pas d’enfant est enceinte et voilà que le bébé circule d’un ventre à l’autre, et voilà que son King est enceint : "A cause des divorces, les foetus ne sont plus sédentaires". Ils sont tous deux forts en gueule mais novices en matière d’amour et d’une timidité extrême qui se traduit par des défis permanents et des « même pas cap ». Alexie Ribes est totalement craquante dans le rôle de Queen et encore plus drôle dans celui de la caissière. Pour transcender le quotidien gris, elle imagine que le prochain client sera Gary Cooper, mais ce n’est que Zed, un chômeur alcoolique qui accepte de se faire psychanalyser, sans s’étonner le moins du monde de l’incongruité de la situation. Mounir Margoum est aussi émouvant dans la peau de ce brave type qu’il est drôle dans celui de Rodrigo, la victime de Pépita qui l’a repéré dans le bus et a su que c’était lui, « question de chimie ». Elle le suit et le met à l’épreuve de son délire et d’une course-poursuite effrénée. Pépita, c’est la formidable Marie-Êve Perron, douée d’une présence volcanique, qu’on a pu voir dans Littoral et Forêt de Wajdi Mouawad. Quand elle n’est pas à la recherche du coup de foudre, elle est la muse de l’écrivain romantique raté qui crée terré dans sa grotte intérieure interprété par Grégoire Baujat qui est aussi King, le punk. Lui et sa punkette, bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, pourraient bien avoir des envies de mariage s’ils ne se retenaient pas. Ces quatre couples de personnages sont tous plus attachants les uns que les autres. Tant qu’à être marginaux, ils ne font rien comme tous le monde ; ils font beaucoup mieux : ils inventent leur vie.

Carine Lacroix, dont on avait pu apprécier le tendre Burn baby burn dans la mise en scène d’Anne-Laure Liégeois en 2010, a le secret de la situation théâtrale, des répliques inattendues qui font toujours mouche, du rythme et de la bonne humeur. Dans une scénographie de Camille Duchemin, abstraite toute blanche comme l’innocence du premier jour, comme la page à écrire, la mise en scène de Justine Heynemann et la musique de Tristan Nihouarn nous embarquent à folle allure dans le tourbillon de la vie.

Le Torticolis de la girafe de Carine Lacroix. Mise en scène Justine Heynemann avec Grégoire Baujat, Mounir Margoum, Marie Êve Perron, Alexie Ribes. Scénographie Camille Duchemin. lumière Rémi Nicolas. Costumes Camille Duchemin, Virginie Houdinière. Musique Tristan Nihouarn. Chorégraphie Sophie Mayer. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 14 avril à 18h30. 01 44 95 98 00. Durée : 1h15.

Photo Giovanni Cittadini Cesi

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