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Critiques / Théâtre

Le Tigre bleu de l’Euphrate de Laurent Gaudé

par Dominique Darzacq

Les méfaits des signes

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Devenu Centre national des dramaturgies contemporaines, Théâtre Ouvert, qui depuis 1971 ferraille en faveur des auteurs d’aujourd’hui, braque ses projecteurs sur Laurent Gaudé qu’il a contribué à révéler. C’était en 1997, par la voix d’Hubert Gignoux, une des grandes figures du Théâtre Public, qui donnait lecture de sa première pièce « Onysos le furieux ».
Depuis, couronné par le Goncourt pour « Le Soleil des Scorta » en 2004, et celui des Lycéens (2002) pour cette superbe épopée initiatique qu’est « La mort du Roi Tsongor », passant du théâtre au roman, Laurent Gaudé, dont l’œuvre est publiée chez Acte-Sud, a tracé sa route et forgé une œuvre dense, sans céder au goût du jour qui consiste à exhiber les petits tas de secrets que l’on porte en soi. Son affaire à lui, c’est de regarder le monde, ses fracas : la Grande guerre (« Cris »), les événements du Rwanda (« Cendres sur les mains »), ses méfaits : l’immigration (« Eldorado »), ses convulsions : le cyclone Katrina de la Nouvelle-Orléans ( « Ouragan »), par exemple, et de nous le donner à voir à travers des personnages d’une bouleversante humanité.

Du théâtre teinté de romanesque

Une des toute premières pièces de Laurent Gaudé, « Le Tigre Bleu de l’Euphrate » (publiée dans la collection Papier), est un long monologue où le théâtre se teinte déjà de romanesque. Terrassé par la fièvre, Alexandre le Grand , le conquérant qui
« arpenta la terre » et repoussa jusqu’en Asie les frontières de son Empire, va mourir. Mourant, mais certain de sa gloire et de son immortalité, refusant « d’être jugé à l’aune d’une balance commune », il entend parler d’égal à égal avec la mort, la convoque à son chevet. Pour elle, et pour les revivre une ultime fois, il raconte toutes les ivresses de sa fabuleuse épopée, le choc des fers et des corps, le sang, le cuir et la sueur mêlés des batailles, sa victoire sur Darius, la prise de Babylone et celle de Samarkand, sa course vers un Est convoité, son inextinguible soif de conquête qui n’était que sa soif de vivre. Et, à l’instant de mourir, son seul regret est de n’avoir pas suivi plus loin les traces du Tigre bleu et les terres qu’il n’a pas pu voir.

Entre surcharge et distance

Superbe texte qui s’habille d’histoire antique pour nous parler de nos soifs d’absolu et auquel la mise en scène de Michel Didym ne rend pas vraiment justice.
La pesante scénographie qui évoque tout autant le tombeau que la chambre de réception d’un palais babylonien (Philippe Druillet), la multiplication des signes vidéos (Pierre-Guilhem Coste) et les effets musicaux (Steve Sheham) qui parfois couvrent la voix du comédien ( Tchéky Karyo) qui opte pour un jeu distancié, bornent un peu trop la force émotive que charrie la pièce et nous laisse en carafe sur la rive de l’Euphrate.

Cependant, Théâtre Ouvert nous propose d’autres moyens de rencontrer l’écriture de Laurent Gaudé. Soucieux de faire entendre toutes les facettes d’un auteur qui ne craint pas le lyrisme et dont les écrits d’aujourd’hui confirment l’aveu d’hier « l’écriture qui m’intéresse et qui m’habite appelle des moments où, bousculé par l’Histoire ou le hasard, l’individu perd ses repères ».
Théâtre Ouvert propose à côté du spectacle à l’affiche toute une série d’alléchantes lectures : « Le Bâtard du bout du monde » avec Carlo Brandt (24 janvier), « Onysos le furieux » avec Michel Didym (31 janvier), « Sodome ma douce » avec Valérie Lang (7 février), « Gramercy Park Hotel » avec Hugues Quester suivi de la lecture de textes inédits par Laurent Gaudé lui-même (8 février).

Le Tigre Bleu de l’Euphrate de Laurent Gaudé, mise en scène Michel Didym avec Tchéky Karyo 1h30.

Théâtre Ouvert jusqu’au 12 février. Téléphone : 01 42 55 55 50

Puis en tournée : 8 et 9 février Bourges, 15 au 19 Nancy, 21 et 22 Metz, 15 mars Vannes, 18 et 19 mars Annecy, 6 et 7 avril Limoges.

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