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Critiques / Théâtre

Le Suicidé de Nicolaï Erdman

par Corinne Denailles

Farce macabre

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Après la Révolution et ses promesses de lendemains qui chantent, le désenchantement et l’oppression du stalinisme ont révolté l’écrivain russe Nicolaï Erdman qui n’a pas caché ses sentiments dans cette comédie qui lui a valu bien des déboires. D’abord remarquée par le grand Stanislavski, elle a été mise en scène par Meyerhold pour son malheur. La censure théâtrale a interdit la pièce dans un message signé de Staline lui-même. Erdman a dû s’exiler pour ne rentrer dans son pays que tardivement. Il a totalement abandonné ses projets d’écriture théâtrale – il n’a écrit que deux pièces, Le Mandat et Le Suicidé – pour se consacrer au cinéma. Il faudra attendre 1987 pour que la pièce soit jouée dans son intégralité et publiée en URSS. Erdman était mort depuis 17 ans. Dans cette farce macabre, il met en scène les impostures du pouvoir totalitaire et la souffrance d’un peuple privé de liberté qui a faim.

Du pain plutôt que la gloire posthume

Un pauvre homme se réveille en pleine nuit tenaillé la faim. S’ensuit un dialogue avec sa femme dans l’obscurité de la chambre de l’appartement communautaire où il s’avère que notre homme, depuis longtemps sans emploi, supporte mal de vivre aux crochets de sa femme et de sa belle-mère. Calmé, le couple se rendort mais tout à coup éveillée, l’épouse, constatant que son mari a quitté le lit, se convainc que, désespéré, il veut mettre fin à ses jours. Comprenant le quiproquo, il joue le jeu sans prévoir que, la nouvelle, vite répandue, va attirer une foule de personnages qui lui proposent chacun de mourir pour leur cause, politique, passionnelle, etc. Séduit à l’idée d’en finir lâchement avec cette vie de malheur et de gagner une gloire posthume, il se laisse aller. On organise le banquet du dernier repas et la mise à mort du condamné volontaire dans une liesse générale avec chansons et vodka. Mais évidemment, le suicidé se rend compte que mieux vaut « vivre comme une poule sans tête » que de mourir en héros.

Anouch Paré met en scène cette farce politico sociale avec humour et à toute vitesse, comme si le quiproquo de départ avait entraîné les personnages dans un tourbillon inéluctable sur le toboggan de l’imposture. La scénographie ingénieuse suggère, par un imbroglio d’éléments et de portes qui s’ouvrent et se ferment sans arrêt, que l’appartement minuscule ne jouit d’aucune intimité et qu’il est devenu un lieu de passage, le théâtre des événements. Ce suicidé-là n’est pas aussi incisif et efficace que celui qu’avait proposé Jacques Nichet mais l’esprit pamphlétaire est bien là et la portée moderne de la charge intacte.

Le Suicidé de Nicolaï Erdman, mise en scène Anouch Paré, au théâtre de l’Athénée jusqu’au 7 avril à 20h. Tél. : 01 53 05 19 19.
www.athenee-theatre.com

Crédit photo : Christophe Manquillet

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