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Critiques / Théâtre

Le Silence des communistes d’après Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin

par Corinne Denailles

Qu’est la gauche devenue ?

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D’abord on se dit que proposer un spectacle autour de la correspondance entre un militant de la gauche italienne (Vittorio Foa) et deux anciens du parti communiste italien (Miriam Mafai et Alfredo Reichlin) datant de l’année 2000 ne peut être qu’un obscur projet d’intellectuel, voire de post soixante-huitard nostalgique. Une génération de moins en moins à la mode ces temps derniers. On se rassure un peu en se disant que Jean-Pierre Vincent sait ce que faire théâtre veut dire, bien qu’il ait prévenu qu’il s’agissait d’une « mise en espace ». De là à entendre lecture, discours, rien que du discours et de l’idéologie, la tentation est grande. Pourtant on est surpris de découvrir la qualité du texte et son intérêt historique. Nous avons vu le spectacle à sa création en 2007 à Avignon ; la distribution y était de grande qualité : Gilles David, Charlie Nelson, et aussi la belle Italienne, Melania Giglio. Gageons que Caroline Chagnolliau et Jean-Claude Leguay, aux côtés de Charlie Nelson, sauront susciter le même enthousiasme.

Repenser le monde

La scénographie est minimale et attendue. Evocation du classique local sans âme avec les non moins classiques tréteaux faisant office de table, recouverts d’une pauvre nappe trop petite, l’éternelle machine à écrire et ses feuillets épars, quelques chaises coques plastiques de couleurs improbables. Portrait universel du cadre de la réunion de cellule. À travers la lecture de leurs lettres, les trois amis échangent, donnent leurs points de vue, interrogent, affrontent leurs contradictions, réfléchissent à cette révolution à l’envers ; cette sorte de cataclysme silencieux qui a muselé le parti communiste italien. Il apparaît, au-delà de l’histoire singulière du PCI, accessoirement de ses liens avec l’URSS, un véritable et honnête questionnement sur l’idéologie et les raisons de son extinction. Sur la nécessité de l’existence d’une pensée construite qui porte une vision du monde, condition indispensable à l’émergence d’une vraie refondation d’un parti, sur le rêve de démocratie, de liberté et d’égalité, sur la redistribution des cartes engendrée, entre autres, par la mondialisation. Ce qui aurait pu verser dans la logorrhée politicienne s’avère au contraire être une formidable et passionnante incitation à la réflexion, à l’engagement de l’individu au-delà de son intérêt privé au profit de l’intérêt général qui est aussi le sien, en tout celui de ses enfants. Rien de fumeux dans ce débat ouvert autour de la res publica qui a sa place sur la scène du théâtre renouant ainsi en ligne directe, avec une de ses fonctions essentielles dans la cité.

L’initiative de cette aventure revient au metteur en scène italien Luca Ronconi que Jean-Pierre Vincent a eu le courage de relayer dans une démarche de haute exigence. L’émotion, inattendue ici, naît de la qualité de ces lettres et de l’humanité qui s’en dégage, de la présence des acteurs. Comme le dit Jean-Pierre Vincent, le spectateur peut penser ce qui est dit là sans oser ou savoir le formuler. « C’est à l’endroit de la solitude politique dans laquelle bon nombre d’entre nous se trouve que s’adresse cette correspondance, puisque nous avons tous nos rêves éveillés ».

Le Silence des communistes, création 2007. Mise en espace Jean-Pierre Vincent, avec Jean-Claude Leguay, Charlie Nelson, Caroline Chagnolliau. Théâtre Nanterre-Amandiers. Du 13 au 27 septembre 2008. Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 15h30. Matinée exceptionnelle le 27 septembre à 15h30 . Durée : 1h20.
Spectacle créé au festival d’Avignon 2007.Distribution : Charlie Nelson, Melania Giglio, Gilles David.

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