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Critiques / Danse

Le « Roméo et Juliette » de Berlioz devient « symphonie chorégraphique » avec Sacha Waltz

par Yves Bourgade

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Le Ballet de l’Opéra de Paris affiche pour la troisième fois depuis 2007 la « symphonie chorégraphique » commandée à l’Allemande Sasha Waltz sur la « symphonie dramatique » d’Hector Berlioz, « Roméo et Juliette ».
Le mythe littéraire occidental des Amants de Vérone transmis par Shakespeare l’a intéressée, mais elle en livre une version épurée, ne s’attardant pas aux détails de l’intrigue, évitant pour les décors et les costumes toute référence historique pour mieux souligner le seul drame de l’amour et de la mort, un amour absolu, un amour de jeunesse, sacrifié par la société. Elle n’a gardé de l’intrigue que trois figures, naturellement les deux héros ainsi que Frère Laurent, trois danseurs les incarnant, les Capulet et les Montaigu étant interprétés par le corps de ballet et les chœurs. Trois chanteurs solistes racontent et commentent l’action et les sentiments des héros.
Ce traitement intemporel du drame est d’autant plus réussi que Sasha Waltz y maîtrise complètement le mélange chanteurs et danseurs sur le plateau. En effet, le défi qu’elle a relevé, c’est de donner, dans un environnement d’ombres et de lumières, en même temps à voir (la danse des trois solistes et du corps de ballet) et à entendre (les trois voix solistes et les chœurs ainsi que l’orchestre.)
La force de cette version dansée du « Roméo et Juliette » de Berlioz, sans apporter peut-être de franche nouveauté, sinon un intéressant travail de préparation basé sur l’improvisation pour les solistes, est de rendre justice à une partition qui inaugure de nouvelles formes expressives en renouvelant les rôles du chœur et de l’orchestre. Le titre choisi par Berlioz est d’ailleurs explicite : « symphonie dramatique avec chœurs, solos de chant et prologue en récitatif harmonique ».
Le Ballet de l’Opéra de Paris enrichit son répertoire avec cette chorégraphie abstraite de Sasha Waltz, qui est bien différente dans son esprit et son esthétique décorative du « Roméo et Juliette » sur la musique de Prokofiev qu’a réglé en 1984 pour la compagnie Rudolf Noureev.
Deux distributions de danseurs alternent pour les rôles solistes, l’une est composée de deux étoiles Amandine Albisson (Juliette), Hugo Marchand (Roméo) et du premier danseur Audric Bezard (Frères Laurent), un trio convainquant, l’autre des étoiles Ludmila Pagliero, Germain Louvet et du premier danseur Alessio Carbone.
Pour la partie vocale des solistes, on trouve la mezzo Julie Boudiane et retrouve le ténor Yann Beuron et la basse Nicolas Cavalier, tous à la prosodie parfaite, ce qui n’est pas malheureusement toujours le cas des Chœurs de l’Opéra de Paris.
A la tête de l’Orchestre de l’Opéra, Vello Pähn est loin de rendre toute la subtilité novatrice de la partition de Berlioz.

Opéra Bastille : 25, 26, 28 avril 2018, 2, 3, 4 mai 2018, 19h30, durée 1h 40, places de 15 à 150€ sauf le 4 mai de 15 à 165€ et le 25 avril de 15 à 135€

© Laurent Philippe

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