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Critiques / Théâtre

Le Roi nu de Evgueni Schwartz

par Jean Chollet

Les habits du conte

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Librement inspirée de trois contes de Hans Christian Andersen (Le Porcher amoureux, La Princesse au petit pois, Les Habits neufs de l’empereur), cette pièce fut écrite en 1934 par le dramaturge russe Evgueni Schwartz (1896 -1958). Jusqu’alors auteur de textes à destination d’un jeune public, il compose cette première œuvre pour adultes en utilisant les ressorts de la fable afin de masquer un pamphlet politique dénonçant le totalitarisme et l’assujettissement des individus confrontés à la tyrannie. Une veine qu’il utilisera encore avec succès pour L’Ombre (1940) et surtout pour Le Dragon (1944). Si, en première intention,Le Roi nu semble s’en prendre à la montée du nazisme en Allemagne avec l’avènement du IIIe Reich, les thématiques politiques masquées et la satire n’échappent pas aux sbires de Staline qui pouvait se sentir visé. La pièce fut interdite avant même d’être mise en scène et il faudra attendre vingt-trois ans pour voir sa première représentation. Schwartz raconte les amours contrariés de Henri, porcher astucieux et d’Henriette, jeune princesse, dont le père ambitionne pour elle un parti plus conforme à son rang. Il envisage son mariage avec le roi d’un pays voisin, fantoche tyrannique imbu de sa personne. Après bien des rebondissements, le projet échouera grâce au stratagème d’Henri et de son ami Christian, déguisés en tisserands et créateurs pour le roi d’un habit de cérémonie, censé être invisible aux yeux des imbéciles et des traîtres. Dans la traduction d’André Markowicz, qui restitue les tonalités et les trouvailles verbales de Schwartz, le spectacle réalisé par Philippe Awat - pour sa cinquième mise en scène - ne manque pas d’attraits. Ils tiennent surtout dans la globalité d’une réalisation associant avec cohérence les différents composants scéniques. Du décor (Valérie Yung) constitué de deux éléments construits - jouant sur la verticalité et l’horizontalité - dont les ambiances varient suivant les colorations et le graphisme, aux costumes et aux lumières, qui offrent un support adapté au jeu des comédiens exprimant avec talent, entrain et vitalité, les facettes de la fable. Elles sont surtout orientées ici sur leurs ressorts comiques parfois poussés jusqu’au burlesque pour la plus grande joie du public. Mais, si théâtralement on peut considérer qu’il s’agit là d’une réalisation bien faite et maîtrisée, on peut aussi regretter que sous cette forme et dans la multiplication des effets, s’estompe une partie de la dimension critique et sociale qui était tout de même la finalité première de l’auteur.

Le Roi nu, de Evgueni Schwartz, mise en scène Philippe Awat, avec Anne Buffet, Eddie Chignara, Mikaël Chirinian, François Frapier, Dominique Langlais, Pascale Oudot, Bruno Paviot Magali Pouget, François Ressort. Scénographie Valérie Yung, lumières Nicolas Faucheux, costumes Dominique Rocher. Théâtre de la Tempête jusqu’au février 2010, L’Avant-Seine de Colombes le 17 février, Le Kremlin-Bicêtre Espace culturel André Malraux le 12 mars, T.O.P. Boulogne-Billancourt du 17 au 21 mars, Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses le 1er avril, Théâtre Paul Eluard Choisy-le- Roi le 9 avril 2010.

crédit photo : A.Bellamy

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