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Critiques /

Le Père de Florian Zeller

par Corinne Denailles

Admirable Robert Hirsch

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Après s’être penché sur la question de La mère, pièce pour laquelle Catherine Hiégel a reçu le Molière de la meilleure actrice en 2011, Florian Zeller a écrit une pièce sur mesures pour Robert Hirsch mise en scène par Ladislas Cholat. Un vieux monsieur encore fringant ne veut pas reconnaître qu’il ne peut plus vivre seul. Il use toutes les infirmières et gouvernantes que sa fille engage. Il ne voit pas combien celle-ci sacrifie sa vie personnelle, par affection et par devoir, et ne lui ménage pas ses méchancetés. On dit que la vieillesse est cruelle, comme l’enfance. Le vieillard l’accable de critiques, s’émeut au souvenir de la cadette qu’il adore et dont on apprend tardivement qu’elle est décédée d’un accident. Le bonhomme perd la tête, ne sait plus où il est, ne reconnaît plus ses proches, est persuadé qu’on le vole.

« La vieillesse est un naufrage » avait déclaré de Gaulle. Certes, on pourra reconnaître des symptômes de la maladie d’Alzheimer, mais on est au-delà, dans cet espace où les repères de la réalité s’effacent, le monde perd son sens, générant une angoisse terrible. Pour traduire ce désarroi intérieur, Florian Zeller a conçu son texte comme un puzzle. Les scènes mêlent réalité et fantasmes nés de l’esprit troublé d’André. Si on s’y perd parfois, l’effet est efficace, le spectateur voit le réel du point de vue du personnage. Dommage que l’auteur n’évite ni les poncifs du sujet ni le pathos associé, mais son sens de la situation compense les effets trop appuyés que l’étonnant Robert Hirsch sait faire oublier.

A 87 ans, et malgré deux côtes cassées récemment, Hirsch tient la scène de bout en bout avec un brio sidérant, tour à tour colérique et tonitruant, absolument odieux et de mauvaise foi, caustique, voire espiègle, mais aussi vieil homme cacochyme, égaré, fragile, enfantin, malheureux sans remède. Il incarne magnifiquement cet insupportable vieillard, tyrannique et pathétique à la fois, inconscient de sa maladie mais très conscient de sa solitude et de sa peur de mourir. Face à une telle présence, il est difficile de s’imposer. Pourtant Isabelle Gélinas interprète avec sobriété et finesse cette fille qui rêve d’étrangler ce père qu’elle aime et qui tantôt la tyrannise tantôt inverse les rôles. Est-on jamais préparé à être la mère de son père ? Patrick Catalifo et Elise Diamant incarnent avec talent les personnages fantomatiques qui appartiennent au cauchemar intérieur d’André : Pierre le mari inquiétant et la souriante et juvénile Laura, réincarnation de la fille cadette disparue. Le décor évolutif à la blancheur clinique de Emmanuel Roy contribue habilement à l’effacement des frontières en réalité et fantasme. Dans cette pièce sous-titrée « farce tragique », Robert Hirsch nous offre avec jubilation une magistrale leçon de théâtre.

Le Père de Florian Zeller, mise en scène Ladislas Cholat ; décor, Emmanuel Roy ; costumes, Jean-Daniel Vuillermoz ; lumières, Alban Sauvé ; musiques, Frédéric Norel. Avec Robert HIrsch, Isabelle G2linas, Patrick Catalifo, Eric Boucher, Sophie Bouilloux, Elise Diamant. AU théâtre Hébertot, du mardi au samedi à 21h, dimanche 16h. Durée : 1h45 sans entracte. Tel : 01 43 87 23 23

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