Accueil > Le Pélican d’August Strindberg

Critiques / Théâtre

Le Pélican d’August Strindberg

par Dominique Darzacq

Mortel règlement de compte

Partager l'article :

Le Pélican, qui appartient au cycle du théâtre intime, n’est pas la plus connue des pièces de l’auteur suédois. Elle n’en est pas moins féroce et représentative de l’impitoyable ressassement strindbergien autour de la guerre des sexes et du combat des cerveaux. Ici, le conflit est familial et éclate en règlement de compte au moment de la mort du père. On imagine assez vite que celui-ci a été poussé dans l’au-delà par sa femme, Elise, figure centrale d’un sombre quintette où chacun joue sa partition de l’égoïsme et du ressentiment. A l’inverse du pélican, qui nourrit ses petits de son propre sang et qu’elle se vante d’être, Elise est une mère vampirique, une mante religieuse qui affame les siens, « achète le moins cher et le pire », refuse de mettre des bûches dans le feu sous prétexte qu’« on n’a pas d’argent à brûler ». Avaricieuse et hypocrite, elle refuse de payer les études de son fils qui sombre dans l’alcool et le dégoût, marie sa fille « somnambule qui ne veut pas être réveillée », à son amant. La lettre post-mortem du mari, qui dévoile les turpitudes de sa femme, n’apprend rien à personne mais fait tomber les masques et sonner l’heure d’une impitoyable revanche à laquelle, dans un ultime pied de nez, Elise échappe en se jetant par la fenêtre.

Dominique Reymond, une fascinante gorgone.


Jeune metteur en scène suisse, qui fut l’assistant de Thomas Ostermeier à la Schaubühne de Berlin et dont on a pu voir au Théâtre de la Bastille à Paris, C’était hier et Paysage, silence de Pinter, Gian Manuel Rau, se saisit de la pièce de Strindberg avec une juvénile ardeur, en explore toutes les violences et les rancœurs dans un décor minimaliste (Anne Hölck) tout suintant de parcimonie et de sordide, révélateur de la glauque atmosphère qui règne dans la famille.
La mise en scène, sous haute tension, de Gian Manuel Rau, est servie par la traduction finement acérée de René Zahnd et par une solide distribution que domine Dominique Reymond, fascinante gorgone qui, tantôt crache sa haine et son venin en même temps que ses graines de pastèques, tantôt dévoile par une danse endiablée ses pulsions amoureuses. Par son jeu tout en ruptures, de sècheresse en suavité, elle est le diamant noir et vénéneux d’une effroyable sarabande destructrice.

Dominique Darzacq

Le Pélican de Strindberg, mise en scène Gian Manuel Rau avec Dominique Reymond, Sasha Rau, Bruno Subrini, Caroline Torlois, Roland Vouilloz. Durée : 1h30.Jusqu’au 24 février.
Théâtre des Gémeaux à Sceaux du jeudi au samedi à 20h45, dimanche 17h.Tel 01 46 61 36 67.

Crédit photo : Mario del Curto

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.