Accueil > Le Moche-Voir clair-Perplexe de Marius Von Mayenburg

Critiques / Théâtre

Le Moche-Voir clair-Perplexe de Marius Von Mayenburg

par Corinne Denailles

Jeux de miroirs

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Maïa Sandoz a eu la bonne idée de réunir trois pièces de Marius Von Mayenburg, dramaturge associé à la Schaubühne de Berlin, dans un triptyque sur les questions de l’identité et de l’illusion, qui, toutes indépendantes soient-elles, s’enrichissent l’une l’autre de ce jeu de miroirs, mise en abîme des jeux de miroirs installés par Mayenburg. Dans Le Moche, un scientifique, très fier de son invention, se voit privé d’en faire la présentation lors d’un congrès car il est trop laid et d’un point de vue marketing, ça ne passe pas. Il n’a aucune conscience de sa laideur mais se laisse convaincre de subir une opération de chirurgie esthétique qui le rend éblouissant de beauté. Cependant, peu après, surgissent autour de lui des clones qui le rendent banal à pleurer et il ne rêve que de retrouver sa laideur initiale. Détail important, du début à la fin, les visages des personnages restent identiques.

Dans un espace d’une sobriété inversement proportionnelle à la folie du texte (une table, quelques chaises, un canapé, des plantes de verte, une toile peinte géante représentant un paysage montagneux), les quatre comédiens interprètent chacun plusieurs rôles dans une sorte de glissement imperceptible qui prend des proportions délirantes dans Perplexe. Ici, on croirait que l’écrivain à jeter dans un chapeau une poignée de situations et de personnages qui, selon un tirage aléatoire se combinent jusqu’au vertige. Un couple rentré de vacances reçoit les amis chargés d’arroser leurs plantes en leur absence ; sans crier gare, les seconds se substituent aux premiers qui prennent alors congé ; l’ami devient le fils, la femme se transforme en babysitter, les identités sont solubles les unes dans les autres. Ainsi dans une succession de glissements surréalistes, Mayenburg met en situations le mythe de la caverne de Platon, jouant avec le réel qu’il démonte comme on démontera le décor à la fin du spectacle. Comme les deux autres pièces, Voir clair, Barbe bleue moderne, détricote le réel, pour ouvrir des portes sur la rêverie, l’illusion théâtrale.
Ce tourbillon vertigineux est brillamment mené par des comédiens excellents, Serge Biavan, Christophe Danvin, Paul Moulin, Aurélie Vérillon et la jeune Adèle Haenel, César de la meilleure actrice 2015 pour Les Combattants, un film dopant et original. Elle fait preuve d’une forte personnalité et déploie des talents comiques d’une belle singularité. Ils forment une équipe de choc conduite avec beaucoup de maîtrise par Maïa Sandoz dans cet exercice acrobatique déroutant et hilarant de déconstruction du réel.

Le Moche-Voir clair-Perplexe, trois pièces de Marius Von Mayenburg ; traduction Hélène Mauler et René Zahnd (Le Moche, Perplexe), et Laurent Muhleisen (Voir clair) ; conception et mise en scène Maïa Sandoz ; scénographie Catherine Cosme ; musique Christophe Danvin ; lumière Bruno Brinas, Bastien Perralta ; avec Serge Biavan, Christophe Danvin, Adèle Haenel, Paul Moulin, Aurélie Verillon. Au Théâtre des quartiers d’Ivry jusqu’au 22 mars 2015.
A Rungis le 5 mai. La trilogie sera à Avignon le 16 juillet dans le cadre du festival contre courant.
Textes édités à L’Arche.
© Danica Bijelcac

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.