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Critiques / Théâtre

Le Jardin des amours enchantées de Goldoni

par Gilles Costaz

Féerie italienne

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La Comédie italienne tient le coup. Difficilement. Mais elle résiste, alors que son créateur et directeur, Attilio Maggiulli, paye cher son geste fou et héroïque d’avoir lancé sa voiture contre les grilles de l’Elysée, en décembre 2012, pour protester contre le désintérêt de l’Etat et l’arrêt des subventions dont est victime son petit et beau théâtre de la rue de la Gaîté. (La plainte pour offense au chef de l’Etat a été retirée par le Parquet, mais Maggiulli est soumis à une surveillance psychiatrique ! Mettait-on les dadaïstes, les surréalistes insolents comme Breton ou Aragon à l’asile autrefois ? ) Le nouveau spectacle reste fidèle à Goldoni, mais change sensiblement de registre, puisque, tout en restant dans la comédie, l’on passe à la féerie. Arlequin débarque sur une île merveilleuse où il semble possible de s’aimer dans une nature paradisiaque. Mais l’atmosphère se gâte vite entre un prince idiot, un mage sournois, un prince disgracieux et une nymphe candide. Colombine est doublée par une troublante Cocottine, et le dieu de l’Amour a bien du mal à faire régner l’harmonie parmi ces voyageurs très agités.
Goldoni a écrit très peu de féeries, laissant ce domaine à son grand et méchant rival, Gozzi. Mais on a retrouvé ce canevas, que Maggiulli a adapté très librement, en lui donnant le rythme comique, hérité de la commedia dell’arte, dont il a a le secret. On suit l’histoire d’un peu loin, car elle n’existe que par sa fantaisie et les incidents facétieux qui se multiplient. Le décor de nature enchantée est magnifique (et différent des scénographies d’intérieur que l’on voit habituellement dans ce théâtre). Les masques, aux formes et aux couleurs éclatantes, sont de toute beauté. Les acteurs, la remarquable Hélène Lestrade, les très expérimentés et brillants David Clair et Jean-Jacques Pivert, Alexis Lang, Hélène Defline, Côme Grévy savent jouer avec le public et ce langage théâtral si blagueur, si savant et si élégant. Maggiulli parvient à accorder l’arlequinade et la féérie. Quel beau travail d’artisan, donc de maître !

Le Jardin des amours enchantées d’après un canevas de Goldoni, adaptation, décor et mise en scène d’Attilio Maggiulli, avec Hélène Lestrade, David Clair, Jean-Jacques Pivert, Alexis Lang, Hélène Defline, Côme Grévy.

Comédie italienne, tél. : 0143 21 22 22. (Pour les enfants, la Comédie italienne donne aussi un spectacle pour les enfants – à partir de 5 ans : Les Chenapans chez Molière).

Photo DR.

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