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Critiques / Théâtre

Le Dernier Guerrier de et par Massimo Schuster

par Corinne Denailles

La geste d’Achille

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Formé auprès du célèbre Piccolo teatro de Milan, Massimo Schuster a travaillé quelques années avec le Bread and Puppet avant de s’émanciper pour élaborer son propre univers. Après un Ubu roi qui a fait le tour du monde pendant 12 ans, il s’est fait une spécialité des grands textes épiques qu’il revisite avec une certaine impertinence tout en restant fidèle à l’esprit de la lettre. Pour raconter Le mâhâbharata, La Chanson de Roland ou Les Trois Mousquetaires, il s’entoure d’une bande de figures de papier ou de bois et de métal comme pour Le Dernier Guerrier.

Il entre en scène dans un costume qui évoque Geppetto, chemise à carreaux et tablier d’artisan, portant dans ses bras la créature inerte à laquelle il va insuffler la vie comme Geppetto à Pinnocchio. Il dépose délicatement sur un filet de pêcheur, contre une malle en bois, le grand corps dégingandé d’Achille, fait d’outils de fer anciens, de tiges de métal et de bois sculpté. L’invincible héros succombe sur le rivage à la flèche fatale qui lui a transpercé le talon.

Parce qu’il est naturel que le créateur ne fasse qu’un avec sa créature, Massimo Schuster, moitié narrateur moitié personnage, revient sur les hauts faits de gloire du vainqueur d’Hector, déroule le récit des grands épisodes mythologiques, le sacrifice de la douce et soumise Iphigénie et l’égoïsme insupportable de son père Agamemnon. Et les prédictions du devin Calkas (un peu charlatan mais habile). Le soi-disant enlèvement d’Hélène (une allumeuse oui !) et les jérémiades de Ménélas réclamant vengeance auprès de son frère. L’amitié particulière avec Patrocle, l’amour de l’esclave Briséis. Le rivage bruissant des cris des soldats pas du tout ivres de combat et de gloire. Et aussi la ruse du cheval de Troie, et Ulysse précipitant le petit Astyanax du haut des remparts sous les yeux de sa mère Andromaque. Les images défilent au fil du récit et les petits personnages au visage de terre glaise s’animent entre les mains de l’habile manipulateur. L’atelier de l’artisan a pris des allures de castelet mais le réel n’a pas cédé le terrain et le créateur qui domine son petit monde noie son désenchantement dans le gin et le blues de Chet Baker pour oublier la violence d’un monde qui n’est pas si loin du nôtre. Ah que la guerre est jolie !... vue de près elle n’est que barbarie sanguinaire au service des intérêts du pouvoir. Et de s’étonner qu’il y ait toujours un poète pour transformer en héros ces guerriers dopés à la vue du sang et en mythe la triviale réalité. Doué d’un savoir-faire et d’un sens du conte admirables, Massimo Schuster s’appuie sur les grands mythes pour parler de notre monde avec humour et beaucoup de liberté, en complicité avec le plasticien Roberto Abbiati, créateur des marionnettes et scénographe.

Le Dernier Guerrier, écrit, mis en scène et joué par Massimo Schuster. Au Lucernaire jusqu’au 29 décembre. Du mardi au samedi à 19h30.
Tél. 01 45 44 57 34.
Durée du spectacle : 1 heure.

© Brigitte POUGEOISE

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