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Critiques / Théâtre

Le Conte d’hiver de William Shakespeare

par Dominique Darzacq

Une méditation abstraite

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Leontès, roi de Sicile et heureux époux d’Hermione, reçoit la visite de son ami d’enfance, Polixène, roi de Bohème. Au moment des adieux, un geste d’Hermione lui paraissant suspect, Leontès entre alors en jalousie comme en catalepsie. Sourd à tout argument, « qui plaidera en sa faveur sera considéré comme coupable », il se transforme en tyran furieux. Quand il sort de sa folie destructrice, il est trop tard, il a tout saccagé, tout perdu, sa femme, qu’il a fait jetée en prison, son fils, mort de chagrin, sa fille, abandonnée à sa naissance sur son ordre dans un lieu désert.
Sauvée par un berger, Perdita - l’enfant perdue – réapparaît, seize ans après, à la cour du roi de Sicile. Son retour suscite la résurrection de la reine Hermione et scelle le happy end. « Mais y croit-on vraiment ? » s’interroge Jacques Osinski qui voit dans l’énigmatique irruption jalouse de Léontès l’insupportable arrachement à l’enfance suscité par la visite de Polixène et le besoin d’arrêter le temps.

Des figures intemporelles

Pour lui, la pièce, qui précède de peu La Tempête, est une méditation sur la mort et le temps qui passe, un rêve qu’il sertit de subtils effets de lumières et enveloppe d’une bande son qui juxtapose les thèmes de l’amour et la mort, des chansons de Tom Waits et des airs lyriques. En émule de son maître Claude Régy, auprès de qui il a travaillé, Jacques Osinski s’en remet au seul texte et se méfie de tout ce qui peut perturber le sens. C’est donc dans une scénographie minimaliste et abstraite qu’il déploie sa troupe de comédiens. La direction d’acteur, le parti pris récitatif, transforment les personnages en figures intemporelles taillées dans l’étoffe du songe. Privé de chair et de sang, le spectacle devient une enluminure abstraite qui tient en laisse les vibrations de l’œuvre et dont la froide beauté bride l’émotion.

Le Conte d’hiver de William Shakespeare, mise en scène Jacques Osinski avec David Gouhier, Antoine Gouy, Aline Le Berre, Agathe le Bourdonnec, Maud le Grevellec, Thomas Rathier, Baptiste Roussillon, Stanislas Sauphanor, Volodia Serre.
Durée : 3h -Théâtre Jean Arp de Clamart du 1er au 13 avril tel : 01 41 90 17 02
puis les 24-25 avril à la Maison de la Culture d’Amiens, le 30 avril au Carré St Vincent d’Orléans, le 6 mai au théâtre de Draguignan, du 22 au 24 mai à la Filature de Mulhouse.

crédit photographique : pierre grosbois.net

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