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Critiques / Théâtre

Le Coeur des Enfants Léopards d’après le roman de Wilfried N’Sondé

par Dominique Darzacq

L’exil et la rage

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« T’es qui ? Tu viens d’où ? Ah bon vous êtes français ? c’est quoi ton pays ? ça ne te suffit pas d’être un problème ? Tu viens d’Afrique ? Les questions pleuvent autant que les coups et encombrent le cerveau du jeune homme qui ne comprend rien à ce qui lui arrive et aux coups qu’il reçoit. En garde à vue, accusé du meurtre d’un policier, il se demande ce qu’il fait là, ne se souvient de rien, sinon que Mireille, son amour et son point d’ancrage l’a quitté, qu’il a trop bu, trop fumé.

Au fond de sa cellule, dans le brouillard de l’alcool et les remous de ses pensées en dérive, il dévide l’écheveau emmêlé de sa vie, de l’Afrique où il est né à la banlieue parisienne où il vit, où il y avait Mireille, aujourd’hui partie, et Drissa qui va de pétage de plomb en pétage de plomb, connu, comme Mireille, sur les bancs de l’école. Lui et Drissa « grandis en marge des câlins et des mots doux », gamins inséparables que la boulangère du quartier « trouvait mignons avec leurs frisettes », et qui les vit en étrangers délinquants quand de bambins ils devinrent ados : « Nous portons sur la gueule la misère du monde pour laquelle elle ne veut pas payer »

A travers Le Cœur des enfants Léopards (1), le congolais Wilfried N’Songa explore tout à la fois, l’amour et la douleur de la séparation, la force des préjugés, les fractures identitaires, le poids du regard de l’autre, noue ensemble la banlieue métissée et l’Afrique , la brutale réalité citadine et les valeurs de partage et d’héritage portées par la voix de l’ancêtre « Sois l’artisan de la mutation sans laquelle nous risquons de n’être plus rien demain, puisqu’il s’agit de devenir ce que nous fûmes ».

Du livre au plateau

« Wilfried dit, moi j’interroge la faisabilité sur le plateau, et mon frère ( Criss Niangoura) exprime » explique Dieudonné Niangoura qui a adapté le roman pour la scène du Tarmac. Lui-même, auteur et comédien, s’est notamment fait connaître au Festival d’Avignon, avec « Les Inepties volantes », texte virulent autour de la guerre civile du Congo.

Pour passer du roman à la scène, Dieudonné Niangoura et son frère Criss ont remodelé le texte de manière à ce que le monologue où s’entrecroisent les coups de folie de Drissa, les émois de Mireille, les allusions à l’oncle marabout, et l’interrogatoire musclé de la garde à vue, devienne mots à mâcher et partition de jeu. Criss, son frère et comédien, s’en empare avec une violente incandescence, avec pour seul accessoire une cage qui évoque aussi bien les barreaux de la prison, que la cage des préjugés qui empêchent les enfants léopards d’advenir à eux-mêmes.

Si l’adaptation scénique ne rend pas tout à fait les saveurs sensuelles et poétiques du roman, elle en garde tout son jus de rageuse humanité où affleurent des éclats de tendresse.
Un spectacle qui parle haut et fort du racisme ordinaire, de l’exil et de ses déchirements. A voir pour ce qu’il dit et la manière dont il le dit.

(Edité chez Actes-Sud, le roman a reçu en 2007, le Prix de la francophonie et le Prix Senghor de la création littéraire)

Le Cœur des enfants léopard, d’après le roman de Wilfried n’Sondé, adaptation Dieudonné et Criss Niangouna, avec Criss Niangouna. 1h10
Tarmac de la Villette jusqu’au 19 mars - du mardi au vendredi à 20h
le samedi à 16h. Téléphone : 01 40 03 93 95.

Puis à Saint Ouen (espace 1789) les 31 mars et 1er et 2 avril.

Crédit photo Eric Legrand Pascal

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