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Critiques / Danse

Le Ballet de la Scala de Milan à Paris

par Yves Bourgade

Une vénérable compagnie danse au Palais des Congrès

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Pour le grand public, la Scala de Milan est synonyme de bel canto. Et pourtant ! Le plus connu aujourd’hui des théâtres lyriques italiens, inauguré en 1778, a abrité dès cette époque une compagnie de danse qui y occupa une place majeure et y cultivait à ses débuts un genre spécifique, le « choréodrame » marqué par la recherche d’équilibre entre danse pure et gestualité théâtrale.

Au milieu du XIXème siècle, c’est le ballet romantique qui s’imposait dans toute l’Europe. L’Italie n’échappa pas à cette mode et imagina même un ballet romantique « à l’italienne » qui se singularisait par le réalisme de la trame et des personnages. L’école italienne de danse se consolida et se caractérisait alors par une grande virtuosité technique. Cette excellence permit aux danseurs italiens de s’imposer dans toute l’Europe jusqu’au début du XXème siècle et d’aborder à leur manière les créations purement romantiques comme Giselle que le Ballet du théâtre de la Scala de Milan vient danser à huit reprises cet hiver à Paris au Palais des Congrès.

Cette compagnie italienne qui est dotée d’une école depuis 1812 n’est pas venue en France depuis treize ans. Elle perpétue une riche tradition d’échanges d’artistes (danseurs et chorégraphes). Elle est dirigée depuis 2009 par le Russe Makhar Vaziev, un ancien danseur principal puis directeur de la troupe de danse du Mariinsky de Saint-Pétersbourg.

De la même manière, Giselle, d’après l’argument de Théophile Gautier (1811-1872) et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges (1800-1875) fut créée dans la chorégraphie de Jean Coralli (1779-1854) et Jules Perrot (1810-1892), sur une musique d’Adolphe Adam (1803-1856), en 1841 par le Ballet de l’Académie royale de musique (l’Opéra de Paris) ; et, dès 1844, ce ballet entrait au répertoire de la Scala. A Paris, la créatrice du rôle-titre était une ballerine milanaise de 22 ans Carlotta Grisi (1819-1899),qui y dévoilait, rapporte-t-on, « une virtuosité technique transcendée par une interprétation sensible ».

Depuis la création de cet ouvrage devenu rapidement célébrissime, toutes les grandes danseuses tentent de s‘approprier ce rôle. L’une d’entre elles, la Française Yvette Chauviré (née en 1917), produit de l’Opéra de Paris, a été notamment une diaphane Giselle particulièrement mémorable. La Scala de Milan danse toujours le ballet tel qu’elle l’a jadis réglé pour cette compagnie, dans les décors et les costumes du peintre russe Alexandre Benois (1870-1960), membre éminent des Ballets russes de Diaghilev à leur fondation.

Dans l’acte blanc, cher aux romantiques épris de poésie surnaturelle, ce deuxième et dernier acte de Giselle, l’interprétation d’Yvette Chauviré retenait particulièrement l’attention par son lyrisme, ses ports de bras, ses longues arabesques, la délicatesse de son pied. Cette étoile, soucieuse de transmettre son expérience, était arrivée à la conclusion que Giselle, un cœur épris et trahi sans ménagement, est noblement simple et douce, joyeuse (elle aime tant danser !), mais aussi profonde, car son amour est chose sérieuse. L’interprète de l’héroïne par son jeu subtilement mené doit créer l’harmonie qui lie les deux actes ».

A la Scala, sont conservées pieusement et sont transmises les indications d’Yvette Chauviré pour l’interprétation de l’héroïne, une jeune paysanne, interprétation qui commande tout le ballet et qu’elle résumait ainsi : « Toute la virtuosité de Giselle est de rendre la technique invisible ». Une captation DVD témoigne de cette vision.

174 ans après la création de Giselle, ce symbole de la danse classique occidentale, actuellement le plus joué dans le monde, conserve un pouvoir de séduction que rien ne semble altérer. On ne résiste pas à cette petite paysanne qui par amour perd la raison et qui après sa mort revient en ombre insaisissable, en Wili, fantôme de jeune fille morte d’amour, pour protéger celui qu’elle aime ! Quoi de plus tentant pour une danseuse que le double rôle de Giselle, tour à tour réelle et irréelle et pour un danseur celui d’un prince romantique ! Quoi de plus poignant face aux alignements et aux rondes implacables des blanches Wilis et de leur reine avec leurs longs tutus et leurs minuscules ailes, que le grand pas-de-deux du prince Albert et de Giselle-Wili, leur ultime rendez-vous !

Giselle connut cependant une éclipse en France après 1868 alors que Marius Petipa (1818-1910) s’y intéressait à Saint-Pétersbourg en 1884 et 1890. C’est grâce aux Russes exilés au début du XXème siècle que l’Occident se réappropria ce ballet, avec souvent un souci de fidélité à l’original. C’est ainsi qu’Yvette Chauviré aborda ce ballet notamment dans le sillage de Serge Lifar (1905-1896), danseur et chorégraphe, qui, avec une vision très personnelle et surtout le rôle d’Albert plus étoffé, le réintroduisit en 1932 au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris.

Quatre interprètes de Giselle alternent pour ce retour de la Scala à Paris : talents confirmés et espoirs Vittoria Valerio, Virna Toppi, Lusy May et une invitée l’ukrainienne Svetlana Zakharova, face à trois Albert : Claudio Coviello, Antonino Sutera et en invité l’allemand Friedmann Vogel. Un français Patrick Fournillier dirige dans la fosse l’Orchestre Savarian d’Etat de Hongrie.

Palais des Congrès de Paris : huit représentations du 31 janvier au 8 février, places de 42 à 112 euros, billeterie : tél. 0 892 050 050.

Photos pour la Scala : Marco Brescia & Rudy Amisano

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