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Critiques / Théâtre

Le Bal de kafka de Timothy Daly

par Dominique Darzacq

Pas kafkaïen

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« Je croyais lancer un des princes de l’humour, je retrouve un roi des ténèbres » déplorait le premier traducteur de Kafka, Alexandre Vialatte, navré de voir l’œuvre de l’écrivain pragois réduite au seul terme de « kafkaïen ». En devenant le lieu commun des tracas administratifs, l’adjectif s’est substitué à l’œuvre et fait de Kafka un célèbre inconnu. La pièce de l’Australien Timoty Daly, jouée pour la première fois en France, puise son inspiration dans le Journal de l’écrivain. Elle déshabille Kafka de ses stéréotypes et s’attache à divulguer les sources qui irriguent l’œuvre d’un écrivain à la personnalité complexe, cramponné à sa table de travail comme à une bouée de sauvetage, écartelé entre rêve et réalité, entre pression familiale et irrépressible besoin d’autonomie, entre son assimilation et sa fascination pour le théâtre yiddish de ses origines, éternel fiancé mais rétif au mariage : « Le talent que j’ai pour décrire ma vie intérieure, vie qui s’apparente au rêve, a fait tomber le reste dans l’accessoire, rien ne pourra jamais me satisfaire ».
La mise en scène d’Isabelle Starkier, aussi allègre que ludique, tire le fil de La Métamorphose dont on perçoit les échos. Elle s’organise autour d’une table surdimensionnée et polymorphe, qui se fait écritoire, table familiale, tréteaux de théâtre. Belle idée que cette table conçue comme espace scénique, lieu des jeux masques, d’affrontements et de métamorphoses où se cognent phantasmes et quotidien. Mêlant la farce et l’expressionnisme, le spectacle, en souriant, met sur la table ces questions toujours d’actualité que sont la création, l’identité, le rapport à l’autre, en même temps qu’il nous donne une furieuse envie de relire Kafka.

Le Bal de Kafka de Timothy Daly, mise en scène Isabelle Starkier avec Sébatien Desjours, Anne Le Guernec, Anne Mauberet, Erika Vandelet, Pierre-Stefan Montagnier ou Philippe Millat-Carus.
Au Théâtre de l’Opprimé. 20h30 du mercredi au samedi, 17h dimanche jusqu’au 15 mars. Durée : 1h40. Tel. : 01 43 40 44 44.
Le 1er avril à Colombes ; le 6 mai à Paray le Monial.

Crédit : Jean-Pierre Benzekri

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