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Critiques / Théâtre

La place du diamant de Mercè Rodoreda

par Corinne Denailles

Vie minuscule, figure héroïque

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Gilles Bouillon reprend le spectacle créé à Chaillot en 1998 avec Martine Pascal. Vingt ans plus tard, la comédienne se glisse à nouveau dans la peau de Natalia, surnommée Colometa, la petite colombe, par son amoureux Quimete. L’histoire écrite par la Catalane Mercè Rodoreda méritait bien de toucher un nouveau public.
Natalia dévide la pelote de son histoire sous le regard attentif d’un jeune homme (Gregor Daronian) dont on ne saura pas s’il est son fils Antoni ou le souvenir de Quimete. Natalia raconte sa rencontre avec Quimete place du diamant, dans le quartier populaire de Barcelone de sa jeunesse où elle était une petite marchande de bonbons. Le jeune homme ne lui avait pas demandé son avis pour l’épouser mais elle en pinçait pour lui en secret et ses manières brusques et machistes ne l’ont pas dérangée plus que ça. Mais Quimete était un beau parleur et un bon à rien. Convaincu que son élevage de pigeons qui empuantissait la maison suffirait à faire vivre Colometa et les enfants, il est parti à la guerre la fleur au fusil, s’engager dans les rangs des républicains contre les forces de Franco. Mais il est mort à la guerre, laissant seule sa femme et ses deux petits dans un état de pauvreté inimaginable qui la conduira à envisager un instant de tuer ses enfants et de se tuer ensuite à l’acide chlorhydrique. L’époque joyeuse et insouciante de la place du diamant est bien loin.
La mise en scène sobre de Gilles Bouillon, tout en clairs-obscurs, imprime au spectacle une densité douce et tragique. La scénographe Nathalie Holt a installé une estrade où est posée au pied d’une chaise une mesure de maïs, la nourriture pour les pigeons vendue par l’épicier Antoni qui sauvera provisoirement Natalia du désastre de sa vie ; une robe de mariée est accrochée sur le mur noir où est punaisée une petite reproduction du tableau de Picasso Guernica, au fond de la scène des cadavres de pigeons.
Dès son entrée en scène Martine Pascal tient le spectateur captif dans son regard qu’elle ne lâchera pas ; elle raconte les épreuves inouïes vécues par Natalia d’une voix presque monotone et pourtant elle donne vie à son personnage. Funambule sur le fil du récit, elle exprime une grande fragilité et en même temps la force intérieure d’une qui ne lâche jamais rien. Elle sert avec intensité le texte magnifique de Mercè Rodoreda dont la très belle langue, drue, simple et incroyablement nette et imagée, parfois presque légère, dessine le destin minuscule d’une femme pendant la guerre civile d’Espagne, élevant son personnage à une dimension universelle. Natalia est toutes ces femmes de peu, veuves piégées par l’horreur de la guerre, qu’elle soit d’Espagne ou d’ailleurs.

La Place du diamant de Mercè Rodoreda, Traduit du Catalan par Bernard Lesfargues avec la collaboration de Pierre Verdaguer. Texte publié aux Editions Gallimard. Adaptation de Michel Cournot et Gilles Bouillon. Mise en scène Gilles Bouillon. Scénographie et costumes : Nathalie Holt. Musique : Dominique Probst. Avec Martine Pascal et Gregor Daronian. A l’Atalante du 20/02 au 11/03/2019. Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30. Les jeudis et samedis à 19h00. Les dimanches à 17h00. Relâche les mardis. Durée : 80 minutes. resa : 01 42 23 17 29.
A partir de 12 ans
© Nathalie Holt

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