Jusqu’au 12 juillet, 22h, Cloître des Célestins, place des Corps Saints, Festival d’Avignon 2026.
La parabole de Seum, texte et mise en scène Rébecca Chaillon, co-mise en scène Céline Champinot.
Rebecca Chaillon à la baratte.

C’est un autre théâtre à rebours du théâtre de patrimoine de Shakespeare à Tchekhov. Rebecca Chaillon enseignera-t-elle dans les conservatoires ? Sans doute, mais maintenant, c’est jour de remise en cause du bon goût et des normes édictées par la société occidentales en matière de théâtre et de prêt à penser, manger, exister simplement. Moins tranchant que ses précédents spectacles, La parabole de Seum entraine dans une bacchanale où l’ivresse se fait par le beurre et non le vin, emmenée par sept performeurs et performeuses et représentants de la communauté queer.
Une motte géante et un quart de beurre dressé occupe le plateau, alors que Julie Teuf déguisée en joyeuse Commère de Windsor, interpelle les spectateurs convertis en clients d’un d’hypermarché Mammouth, le type de magasin qui vend des produits bon marché, néfastes à la santé mais accessibles aux classes populaires. La bonimenteuse organise un jeu auquel se prête nombre de spectateurs, elle les invite à monter sur une balance pour gagner 10% de leur poids en produit Mammouth. Dans la queue, une femme grosse et noire toise les spectateurs d’un air de défi tandis que Nabila Mekkid et Camille Léon-Fucien vont désigner un par un les spectateurs par une assignation simple : mince, blanc, noir, arabe…Les minces sont en grande majorité.
Cette longue introduction qui pose le contexte d’une société qui assigne et rejette certaines personnes du fait de leurs origines, de leurs statut social, de leur choix sexuel ou affectif, va bientôt céder la place à un pandémonium de situations des plus brutales au plus absurdes. Les deux mottes du décor vont être le terrain de jeu des sept performers qui enchainent les numéros où les corps sont mis en valeur et mis à mal à la fois. L’une doit pêcher en apnée un crabe avec la bouche dans une bassine, une autre, tel un Sisyphe chargé comme un mulet de produits divers, escalade et glisse régulièrement sur la motte de beurre avant d’arriver au sommet. Inutile de préciser que le plateau devient vite un vaste champ de plastique, de caoutchouc et de polystyrène qui va servir à enterrer une déesse qui renaîtra de cet amas de déchets. Le grand carnaval libérateur se transforme en fable religieuse. Et magnifie l’avènement d’une communauté que Rebecca Chaillon espère « plus complexe et plus valorisée que dans notre société ». Nus et munis de masques, les sept performers offrent une image finale unanime, belle, magique pour clore leur cheminement ardu.
Avec La parabole de Seum, Rebecca Chaillon ne s’attaque pas à un pouvoir dictatorial, elle s’attaque au consensus de la normalité en lançant son carnaval de la mal-bouffe et des sacs plastique, comme l’étendard de la liberté. Même si la multiplicité des performances relèvent parfois de la facilité et donne l’impression d’un joli fatras, il y là un geste indubitable de théâtre.
La parabole de Seum, texte et mise en scène Rébecca Chaillon, co-mise en scène Céline Champinot, scénographie Camille Riquier, son Élisa Monteil, lumière Alexia Alexi, vidéo Elisa Bernard, costumes Solenne Capmas avec Yanis Boulahia, Hassan Gourniz, Loulie Houmed, Camille Léon-Fucien, Nabila Mekkid, Julie Teuf,
Living Smile Vidya. Jusqu’au 12 juillet, 22h, Cloître des Célestins, place des Corps Saints, Festival d’Avignon 2026. Les 24 et 25 septembre 2026, Théâtre Populaire Romand, La Chaux de Fonds. Du 29 septembre au 2 octobre 2026, Comédie de Genève. Du 8 au 10 octobre 2026, Dublin Theatre Festival, Dublin. Les 4 et 5 novembre 2026, CDN d’Orléans / Centre Val de Loire. Du 12 au 14 novembre 2026, Théâtre des 13 Vents CDN Montpellier. Du 26 Novembre au 12 Décembre 2026, Théâtre Public de Montreuil dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



