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Critiques / Théâtre

La estupidez de Rafael Spregelburd

par Corinne Denailles

Péché capital

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On ne sait pas ce qu’on aime le plus dans ce spectacle, le texte argentin protéiforme et extravagant de Rafael Spregelburd, inspiré initialement de Jérôme Bosch, ou la scénographie, non moins extravagante, qui juxtapose les espaces et les lieux, irait même jusqu’à les superposer si nécessaire, les acteurs virtuoses qui interprètent 5 rôles chacun, ou finalement la mise en scène serrée au cordeau, d’une précision sans faille de Marcial Di Fonzo et Elise Vigier de la compagnie des Lucioles. On connaît le travail de Marcial Di Fonzo Bo qui s’impose définitivement comme un artiste d’un très grand talent et d’une exigence de haut niveau et comme un des membres de cette compagnie originale dont les propositions très éclectiques sont prises en main tantôt par les uns, tantôt par les autres. Il a embarqué Pierre Maillet Marina Foïs, Marcial Di Fonzo Bo, Grégoire Oestermann et Karin Viard dans cette folie baroque où 25 personnages se rencontrent plus ou moins fortuitement dans les chambres d’un motel à Las Vegas. Il y est beaucoup question d’argent et d’art mais rien à voir avec le huis-clos imaginé par Yasmina Reza. L’argent est souvent sale, à l’image d’une société qui n’hésite pas à monter des bobards pour faire monter la côte des œuvres d’art. Pendant ce temps, un savant fou et paranoïaque refuse de donner la formule de l’équation qu’il vient de découvrir tant les conséquences l’effraient. Cette succession de scènes courtes évoquent le Short Cuts de Robert Altman. Cet objet théâtral non identifié s’obstine à se refuser à toute mise en scène et mise en jeu ; c’est probablement un des aspects qui a attiré les metteurs en scène excités par les défis les plus rudes mais aussi le goût du jeu et le plaisir d’en découdre pour résoudre cet impossible équation si peu mathématique. Si bien que tout dans le spectacle affirme et revendique la théâtralité et la dimension à la fois ludique et rigoureuse de l’entreprise. Les acteurs, mis à rude épreuve, changent de costume et de perruque presque à vue, se glissent d’un personnage à l’autre en fondu enchaîné ou en rupture, rendant sensible la technique de jeu, au bord du visible. Les scènes s’enchainent à un train d’enfer, les personnages se télescopent sur scène et dans nos esprits, cela sent le chaos, chaos intérieur de chacun, chaos du monde, dans un grand éclat de rire. Brillant et d’une insolence réjouissante, comme souvent les spectacles de Martial di Fonzo Bo sera au prochain festival d’Avignon dans le spectacle de Christophe Honoré qui met en scène Angelo tyran de Padoue de Victor Hugo. Il reviendra la saison prochaine à Chaillot pour une mise en scène d’une autre texte de Spregelburd, La Paranoïa.

La Estupidez de Rafael Spregelburd, mise en scène Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier avec Marcial Di fonzo Bo, Marina Foïs, Pierre Maillet, Gégoire Oestermann, Karin Viard. Au théâtre national de Chaillot jusqu’au 14 juin 2009 à 20h, dimanche 14h30. Tél : 01 53 65 30 00.Durée : 3h15.
www.theatre-chaillot.fr

Crédits photographiques : Christian Berthelot

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