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Critiques / Danse

La capacité de narration de Roland Petit

par Yves Bourgade

Le Ballet du Capitole maintient la flamme

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En danse existent des systèmes de notation des pas, il y a aussi la captation des ballets par le cinéma ou la vidéo, mais la transmission orale a aussi son importance, surtout si ceux qui la portent ont travaillé avec les chorégraphes créateurs et les premiers interprètes des œuvres.

Au Ballet du Capitole de Toulouse, le directeur Kader Belarbi a dansé lorsqu’il était membre et étoile du Ballet de l’Opéra de Paris, des pièces de Roland Petit (1924-2O11), et non des moindres, du vivant de ce dernier. On l’a vu notamment dans « Notre-Dame de Paris » (Frolio et Quasimodo), « Le jeune homme et la mort » et « Carmen » (Don José).

Le programme Roland Petit qu’il affiche, du 8 au 14 mars 2018, prend alors tout son sens et offre une occasion de voir ou de revoir, dans les meilleures conditions, trois chorégraphies qui font date dans la carrière de ce créateur : « Les forains » en 1945 (déjà au répertoire du Ballet du Capitole), « Carmen » en 1949 et « L’Arlésienne » en 1974, lesquels entrent tous deux au répertoire du Ballet du Capitole. La capacité de narration qu’y affirme le chorégraphe, est le point commun de ces trois ballets.

Les deux premiers appartiennent à la première grande période de production de Roland Petit, le troisième date de ses débuts avec le Ballet national de Marseille qu’il dirigea 26 ans à partir de 1972. Luigi Bonino qui fut étoile de cette dernière compagnie, apporte à ce programme à Toulouse la garantie d’un maximum de fidélité à Roland Petit.

Avec ces trois ballets, le chorégraphe avait par ailleurs cherché la collaboration de compositeurs, librettistes et décorateurs connus : « Les forains », musique d’Henri Sauguet, livret de Boris Kochno, décors et costumes de Christian Bérard, « Carmen », musique de Georges Bizet, décors et costumes d’Antoni Clavé et « L’Arlésienne », musique de Georges Bizet, décors de René Allio.

« Les forains », qui marqua le départ de la carrière d’un Roland Petit âgé de 21 ans, est une touchante évocation poétique des gens du voyage, sur une partition originale au leitmotiv devenu rapidement célèbre. Une troupe avec sa charrette fait étape sur la place d’un village et prépare avec foi son spectacle qui est accueilli avec indifférence, laquelle entraîne tristement leur départ. Les personnages sont bien dessinés et le langage chorégraphique néo-classsique, appris à l’Opéra de Paris avec son maître Serge Lifar et ici maîtrisé en totale adéquation avec le climat créé par la musique.

« Carmen », lors de sa création triomphale à Londres, fut la révélation d’une star, René Jeanmaire, alors transfuge de l’Opéra de Paris, plus connue ensuite comme Zizi et qui arborait la coupe de cheveux courte à tout jamais associée à son personnage à la ville comme à la scène. Roland Petit, qui à la création dansait José, signait la chorégraphie (depuis au répertoire de nombre de compagnies internationales) sur un livret emprunté à la nouvelle de Mérimée, avec comme musique la partition « réorganisée » de Bizet. Sur le plan de la danse, il a introduit dans ce ballet des positions en dedans des pointes de pied, jugées alors révolutionnaires.

La trame tragique de la nouvelle et du mélodrame d’Alphonse Daudet sert de livret à « L’Arlésienne » qui s’appuie sur la « suite d’orchestre » éponyme de Bizet et se déploie dans un décor de René Allio qui rappelle la Provence peinte par Van Gogh. A la musique lancinante sur un thème provençal répond notamment la danse heurtée du héros masculin à la passion suicidaire.

A noter que l’Orchestre du Capitole de Toulouse, sous la baguette d’Enrique Carreón–Robledo, est dans la fosse pour ce programme, ce qui lui apporte un maximum de plénitude.

Théâtre du Capitole de Toulouse : 8, 9, 10, 13, 14 mars 2018 à 20h et 11 mars 2O18 à 15h, durée 2 heures, places de 8,50 € à 60 €.

Maison de la Culture d’Amiens 25 mai 2018 à 20H30.
photo : Francette Levieux

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