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Critiques / Théâtre

La Voix humaine de Jean Cocteau

par Jean Chollet

Rupture d’amour au téléphone

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Créée en 1930 à la Comédie-Française, cette œuvre singulière écrite par de Jean Cocteau en 1927, révèle la tragédie d’une femme anonyme, abandonnée et meurtrie. Seule dans sa chambre, sa seule relation avec l’amant qui l’a quitté passe par le téléphone. Celui du contexte de l’époque, dont les coupures intempestives et liaisons techniques aléatoires ajoutent à sa détresse. D’appels en appels, elle tente de maintenir le contact avec celui qui fut durant cinq ans la source de son bonheur. Tour à tour avec détachement ou une indifférence feinte, greffant des mensonges aux souvenirs passés, mais aussi laissant parler son amour, affleurer ses blessures et ses suppliques pour retrouver l’être aimé. Elle s’accroche en vain à la voix de l’autre, celui-ci va se marier. Reste une femme trahie et dévastée, ayant déjà flirté avec le suicide.

Sous la conduite délicatement orchestrée de Marc Paquien – rappelons que ce texte est devenu en 1958 le livret de l’opéra éponyme de Francis Poulenc - Martine Chevallier porte avec densité et talent les accents et les fractures d’un cœur brisé. Dans le décor de Gérard Didier, dont les noirs reflets semblent introduire un espace de transition entre la vie et la mort, vêtue d’un long déshabillé (Claire Risterucci), elle conjugue avec une grande sensibilité la relation avec son partenaire invisible. Par les rythmes et les colorations de ses paroles qui semblent traverser son corps, ses fines variations de leur expression, et surtout les ponctuations de ses silences révélateurs de son désespoir.

En diptyque avec ce spectacle Marc Paquien associe un autre texte de Jean Cocteau, La Dame de Monte-Carlo. Un court poème mis en musique par Francis Poulenc pour être chanté par une voix de mezzo soprano avec orchestre. Le bref monologue d’une femme solitaire, “morte parmi les mortes”, ayant perdu sa fortune sur les tables de jeu de la Principauté, qui s’achève sur une annonce tragique : “ cette nuit je pique une tête dans la mer”. Il trouve une interprète de choix avec Véronique Vella, dont ont avait déjà pu apprécier les qualités vocales dans des productions du Français. Dans sa fine robe noire, accompagnée au piano par Jorge Gimenez, elle distille avec grâce et finesse les tonalités de cet opus crépusculaire.

La Voix humaine de Jean Cocteau, avec Martine Chevallier, précédée de La Dame de Monte-Carlo de Jean Cocteau, musique de Francis Poulenc, avec Véronique Vella et Jorge Giménez, pianiste, mises en scène de Marc Paquien. Scénographie Gérard Didier, lumières Pierre Gaillardot, costumes Claire Risterucci. Durée 50 minutes. Studio-Théâtre de la Comédie-Française jusqu’au 3 juin 2012.

© Christophe Rayanaud de Lage

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