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Critiques / Théâtre

La Ville de Evgueni Grichkovets

par Jean Chollet

Partir pour mieux vivre

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Ecrivain, dramaturge, comédien et chanteur, Evgueni Valerievitch Grichkovets, est né en 1967 à Kemerovo en Sibérie occidentale. Fondateur et animateur d’une troupe théâtrale universitaire, puis directeur du théâtre indépendant Loja à Kaliningrad, il monte et interprète ses propres textes inspirés par la réalité de la société russe contemporaine. En 1998, le succès de sa création de Comment j’ai mangé du chien lors du Festival de théâtre NET à Moscou, lui ouvre une reconnaissance internationale. Depuis plusieurs de ses pièces ont été représentées en France et en Europe.

Son œuvre est dominée par une fine observation des réactions de l’individu face aux interrogations posées par la vie, les doutes qu’elle engendre, l’amour et la solitude qui l’accompagnent. La Ville ne déroge pas à ces préoccupations. A travers l’histoire de Serguei Basin (Bruno Paviot), intellectuel employé dans une entreprise et mal dans sa peau. Sans raison évidente, il est convaincu que son salut existentiel passe par une rupture avec sa ville et ses proches. Sans but ni destination précise pour une durée de voyage indéterminée, peu importe. L’important est de partir. Il s’ouvre de son projet à son épouse aimante mais effacée (Yola Busko), qui tente vainement de le maintenir dans leur quotidien, et informe de sa décision son ami Maxime (Philippe Milat-Carus) venu vainement lui solliciter un prêt pour achever des travaux. Serguei ne trouvera compréhension qu’auprès de son père (excellent Pierre Trapet) sans pour autant abandonner ses intentions. Elles resteront ouvertes à toutes les hypothèses, lors d’un singulier transport en taxi par un chauffeur douteux (François Roy).

Ce questionnement universel sur le sens de la vie et la manière de le nourrir est au centre de cette tragi-comédie, qui croise le réalisme, la métaphysique et conduit l’humour aux lisières de l’absurde. Alain Mollot conduit cette odyssée intérieure avec un rythme adapté à l’évolution des situations et à leurs retombées. Il rend également très perceptible les limites et les conventions de la parole dans un monde où l’écoute de l’autre est loin d’être une priorité. Pour ce huis clos (à l’exclusion de la scène finale), Raymond Sarti a composé un espace signifiant, dont la dimension symbolique s’exprime surtout à travers une façade intérieure d’immeuble, dont les baies obstruées s’ouvriront très partiellement… sous un souffle (probable) de liberté. Tandis que les lumières de Philippe Lacombe accompagnent les variations de climats. Ponctuée par les musiques joyeuses de Gilles Sivilotto, ce spectacle tonique, souffrant parfois d’une interprétation inégale dans les différents registres représentés, invite de manière ludique à la réflexion.

La Ville et d’autres pièces de Grichkovets sont publiées par Les Solitaires intempestifs.

@ Monika Jeziorowska

La Ville de Evgueni Grichkovets, traduction Arnaud Le Glanic, mise en scène Alain Mollot, avec Cécile Métrich, Yola Busko, Philippe Millas-Carus, Pierre Trapet, François Roy. Scénographie Raymond Sarti, costumes Nadia Léon, lumières Philippe Lacombe, musiques Gilles Sivilotto. Durée 1h 20. A Villejuif, Théâtre Romain Rolland jusqu’au 28 janvier 2013, puis en tournée.

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