Accueil > La Vie devant soi d’après Romain Gary

Critiques / Théâtre

La Vie devant soi d’après Romain Gary

par Corinne Denailles

Myriam et Rosa

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

On se souvient avec émotion de la première lecture du roman de Romain Gary, pour lequel il reçut le prix Goncourt en 1975 sous le pseudonyme d’Emile Ajar. Suivit rapidement une adaptation cinématographique de Moshe Mizrahi, en 1997, avec Simone Signoret, qui fit date, contredisant l’idée selon laquelle le cinéma ne peut que trahir et décevoir les lecteurs. Madame Rosa a depuis pris les traits de Simone Signoret et cela ne contrarie personne. S’il est une comédienne pour incarner au théâtre ce personnage attachant c’est bien Myriam Boyer. Elle ne fait pas oublier Signoret mais échappe à la comparaison par la singularité de sa personnalité et de son interprétation.Et pourtant, en même temps, elle appartient lointainement, à la même catégorie d’actrice, terrienne et entière, un peu rude dans la relation à l’autre, un peu distante et maladroite, un peu brusque à force de vouloir dissimuler l’excès de tendresse et de sensibilité qui rend trop vulnérable. Madame Rosa est une ancienne prostituée qui « se défendait rue Blondel », comme dit Momo, un petit Algérien de 10 ans avec lequel des liens affectueux se tissent. Elle recueille dans sa « pension sans famille » des enfants « nés de travers » de passes dangereuses comme Momo. Cette grosse laide cardiaque est la seule maman qui lui reste. Ils ont tous les deux leurs peurs et leurs cauchemars. Lui a été abandonné ; elle, juive déportée à Auswchitz pendant la guerre, est restée traumatisée par cette épreuve tragique. Une leçon de tolérance et d’humanité, drôle et grave, dont une langue savoureuse qui suscite simultanément le rire et l’émotion. Emporté par la présence magnifique de Myriam Boyer dont les fêlures de la voix semblent porter toutes les souffrances de madame Rosa, on oublie la mise en scène conventionnelle et la scénographie un peu vieillotte. Cette comédienne qui n’a peut-être pas trouvé une totale reconnaissance du public a été régulièrement récompensée par la profession : prix de la critique, révélation de l’année 1983 pour Combat de nègres et de chien ; meilleure comédienne en 1996 pour Retour au désert. Molière de la meilleure comédienne en 1997 pour Qui a peur de Virginia Woolf ? et en 2008 pour La Vie devant soi. Grâce à elle, le beau roman de Romain Gary gagne une vie nouvelle.

La Vie devant soi d’après Romain Gary, adaptation Xavier Jaillard, mise en scène Didier Long, avec Myriam Boyer, Aymen Saïdi, Xavier Jaillard. Au théâtre de l’Œuvre à 21h, dimanche 15h30. tél : 01 44 53 88 88. Durée : 2 heures.

crédits photographiques : Eric Devert

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.