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Critiques / Théâtre

La Mer d’Edward Bond

par Corinne Denailles

Un monde immobile

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Une pièce du dramaturge anglais Edward Bond entre au répertoire de la Comédie-Française. Loin de la puissance de La compagnie des hommes ou de Pièces de guerre, La Mer (sous-titrée « comédie), écrite en 1972, évoque en quelques tableaux la situation insulaire de la Grande-Bretagne, les peurs qui s’y rapportent et la petite vie conventionnelle et repliée sur elle-même de ses habitants qui en découle. Nous sommes au début du XXe siècle et gronde déjà le fracas à venir de la Grande Guerre. Pour l’heure, la population est occupée par le naufrage qui a valu la mort à Colin, le fiancé de Rose (Adeline d’Hermy) et par la personnalité étrange du marchand de tissu (Hervé Pierre), obsédé et terrifié par l’invasion des Martiens, de quelle que nature et nationalité qu’ils soient. Garde-côte la nuit du drame, il est accusé de ne pas avoir porté secours aux naufragés. Pour le punir, Louise Rafi (Cécile Brune), la riche bourgeoise qui gouverne son monde à la baguette et aux traits d’esprit souvent venimeux, fait en sorte de le ruiner. Il en perdra définitivement la raison, totalement englouti par sa paranoïa et par sa faillite .

De la tragédie à la comédie il n’y a qu’un pas, ce n’est qu’une question d’approche, de tempo. Quelques scènes, foncièrement tragiques, sont traitées sur le mode comique pour souligner le conformisme, le corset des règles et la bigoterie de ce petit monde qui sent le renfermé. Une répétition improbable d’une pièce d’après Orphée, représentation en l’honneur de l’association des garde-côtes, est l’occasion de quelques cocasseries où l’une pleurniche pour ne pas jouer Cerbère qu’elle interprètera avec entrain comme un bon gentil toutou, une autre, trop émue, quitte la pièce en sanglotant, une autre se fait renvoyer dans ses cuisines sans ménagement. Autre scène burlesque, la cérémonie sur la plage en l’honneur du défunt où la chorale assassine le cantique et les cendres du noyé, retrouvé échoué sur le sable, s’échappent de l’urne pour voler au visage des endeuillés. Au final, poussée par Louise Rafi, la jeune Rose échappera au confinement de cette petite ville de province en partant pour la vraie vie, à Londres avec Willy (Jérémie Lopez), l’ami de Colin mais ce n’est pas sur ce mignon petit couple qu’on pourra compter pour changer le monde, comme le vieil alcoolique Evens (Laurent Stocker) l’enjoint à Willy. La petite société reviendra à son petit théâtre habituel.
La mise en scène naturaliste d’Alain Françon s’emploie à souligner la dimension comique de cette pièce romanesque truffée de bons mots qui semble parfois avoir perdu la boussole de son propos dans les assauts de la tempête intérieure des personnages.

La Mer d’Edward Bond, traduction de Jérôme Hankins ; mise en scène Alain Françon ; Scénographie, Jacques Gabel, costumes, Renato Bianchi ; lumières, Joël Hourbeigt ; musique originale, Marie-Jeanne Séréro avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Coraly Zahonero, Céline Samie, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Pierre Louis-Calixte, Stéphane Varupenne, Adeline d’Hermy, Jérémy Lopez, Jennifer Decker et les élèves-comédiens Pénélope Avril, Vanessa Bile-Audouard, Hugues Duchêne, Laurent Robert. A la Comédie-Française, jusqu’au 16 juin 2016, à 20h30.
Durée : 2h10. Tel. 01 44 58 15 15.
Photo Christophe Raynaud De Lage/Coll. Comédie-Française

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