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Critiques / Théâtre

La Maladie de la famille M de Fausto Paravidino

par Corinne Denailles

Portrait de famille

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Il est Italien, il a 34 ans, la silhouette d’un jeune homme à peine sorti de l’adolescence et un grand talent de dramaturge, dans des genres très différents, mais aussi de metteur en scène, quand il ne fait pas l’acteur dans ses propres pièces. Un profil qui évoque un peu celui de Wajdi Mouawad cet autre surdoué du théâtre. Paravidino sait écrire des pièces politiques proches de l’agit-prop comme Gênes 01 où il relatait les violences du sommet du G 8 en 2001. Il excelle aussi dans la narration du fait divers menée comme un polar avec une puissance de frappe qui a la violence d’un uppercut (Nature morte dans un fossé). Deux pièces qu’on a pu découvrir pour la première dans les mises en scène de Stanislas Nordey (2006) et de Victor Gautier Martin (2007), la deuxième par le Collectif Drao (2007). Et voilà qu’on le découvre dans un tout autre univers où il sonde nos maladies de l’âme en chaussant les lunettes de Tchekhov pour regarder la détresse et le manque d’amour et de communication des membres d’une famille italienne, pauvre et désemparée. L’histoire est racontée par le médecin de famille (Pierre-Louis Calixte) qui montre la même empathie avec ses patients que le docteur Tchékhov avec ses personnages et, n’est pas exempt des mêmes souffrances.

L’ombre tutélaire de Tchékhov

Depuis le décès, aux origines douteuses, de la mère, tout va de travers dans la maison. Le père (Christian Blanc) perd la boule et tyrannise sa fille aînée (Marie-Sophie Ferdane) qui, résignée à son nouveau rôle, tente tant bien que mal d’organiser la vie familiale. Et puis il y a la petite sœur (Suliane Brahim), petit oiseau écervelé qui n’est pas sans évoquer une certaine Mouette avec laquelle elle partage le même rêve d’un ailleurs. Pour l’heure, son cœur balance entre son fiancé, bon gars un peu rustre (Nâzim Boudjenah) et le copain du fiancé (Félicien Juttner), jeune homme marginal et inconséquent. Sans oublier le jeune frère (Benjamin Jungers), tête à claques qui prend un malin plaisir à attiser les conflits. Dans cette maison, personne ne se parle mais tout le monde s’aboie après. Les disputes ne font que révéler la solitude et le manque d’amour de chacun. La très belle scénographie de Laura Benzi, admirablement exploitée par la mise en scène, traduit leur manque de repères. L’intérieur et l’extérieur s’interpénètrent, créant un sentiment d’étrangeté. Le plateau est divisé en plusieurs espaces symboliquement délimités par la lumière : le fauteuil en cuir du médecin représente à la fois le cabinet de travail et le lieu extérieur du récit, un banc figure le terrain de rencontres des jeunes gens, en arrière-plan la salle à manger avec la table, une porte qui donne sur un intérieur caché. Derrière la vitre, la campagne enneigée envahit le plateau de sa présence diffuse au fil du spectacle, se révélant derrière un tulle comme une plaque photographique le ferait d’une image.
La mise en scène de Paravidino, servie par une distribution impeccable, est d’une justesse et d’une maîtrise digne des grands cinéastes réalistes italiens qui avaient ce talent de rendre la fiction plus vraie que nature. Et, parce qu’il a le sens du rythme et de la répartie crue, on rit beaucoup à cette touchante tragédie ordinaire. Après Dario Fo et Spiro Scimone, la Comédie-française continue de mettre à l’honneur un théâtre italien moderne qui renoue avec une tradition qui s’est perdue au cinéma de fictions sociales et politiques à hauteur d’hommes, crues et tendres à la fois.

La Maladie de la famille M de Fausto Paravidino, mise en scène de l’auteur ; traduction, Caroline Michel ; décor, Laura Benzi ; Costumes, Anne Autran ; Lumières, Pascal Noël ; musique originale, Denis Chouillet. Avec Christian Blanc, Pierre Louis-Calixte, Marie-Sophie Ferdane, Benjamin Jungers, Suliane Brahim, Nâzim Boudjenah, Pierre Hancisse, et Denis Chouillet, pianiste.

Au Centquatre (créé au théâtre du Vieux-Colombier en 2011) du 8 au 13 janvier 2013. Durée : 1h45. Rés : 01 40 05 51 71.

Texte publié aux éditions de L’Arche

Photo Christophe Raynaud de Lage

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