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Critiques / Théâtre

La Maison de Bernarda Alba

par Corinne Denailles

Un enfer domestique

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La maison de Bernarda Alba est en deuil pour huit ans après la mort du père. Les cinq filles ont interdiction de mettre un pied dans la rue et doivent vivre confinées sans autre commerce que les membres de la famille. Mais la plus jeune est amoureuse et ne l’entend pas de cette oreille. Son tempérament rebelle, son amour et la soif de liberté, lui donnent toutes les hardiesses. Au lieu de traiter la tragédie et le message politique au premier degré, le metteur en scène a choisi le mode métaphorique à travers un conte noir et grinçant. Coincées dans l’espace étriqué d’un castelet, devant le public assis sur des bancs de théâtre de guignol les comédiens sont assimilées à des marionnettes, par un habile artifice de costumes, de jeu sur les proportions et de maintien. Elles sont engoncées dans des robes noires qui évoquent clairement les Ménines de Vélasquez et cette époque obscurantiste. L’effet est saisissant. La situation théâtrale dit tout de la situation sociale de ces êtres manipulés par la tradition qui ne s’appartiennent pas, de ces modèles réduits d’individu… réduits à rien et qui pourtant sont toutes de fortes personnalités. La mise en scène, qui joue sur la distanciation, décline l’enfermement à de multiples échelles et stigmatise, dans un ricanement glacé, la violence d’une société qui ravale les femmes au rang d’objets. L’humour est aussi noir que les robes de ces Ménines grotesques. Novicov évite les pièges de la représentation réaliste de cette pièce engagée qui dénonce la condition de la femme en Espagne en 1936, la dernière écrite par Lorca avant d’être fusillé.
Cet étonnant travail du metteur en scène suisse d’origine russe avait été présenté au théâtre de la cité internationale en 2005. L’originalité du traitement et l’excellence de la mise en scène et des comédiens méritaient de rencontrer un large public. Un spectacle à ne pas manquer.

La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, mise en scène Andréa Novicov avec 
Valérie Liengme
, Marie-Madeleine Pasquier
, Léa Pohlhammer
, Emmanuelle Ramu, 
Myriam Sintado
, Bartek Sozanski
, en alternance avec
 Pierre Spulher, 
Matteo Zimmermann. Au théâtre Gérard-Philipe jusqu’au 3 février. Tél : 01 48 13 70 00.
crédits : Bellamy

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