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Critiques / Théâtre

La Jeune fille et la mort de Ariel Dorfman

par Jean Chollet

Vengeance ou justice ?

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Romancier, dramaturge et essayiste, né à Buenos Aires en 1942, Ariel Dorfman s’est exilé aux Etats-Unis puis au Chili où il collabore au gouvernement de Salvador Allende avant d’être chassé du pays à l’arrivée au pouvoir de Pinochet. Des situations qui lui ont inspiré cette pièce, représentée pour la première fois en 1991 avant une adaptation cinématographique de Roman Polanski (Death and the Maiden) en 1994.

Dans un pays d’Amérique latine libéré depuis quelques années d’une dictature, vit un couple composé de Paulina et Gerardo Escobar. Elle, opposante militante du régime précédemment en place a été torturée et violée. Lui, brillant avocat, est appelé par le nouveau gouvernement pour présider une commission d’enquête sur les crimes passés. Un soir, en rentrant à son domicile en voiture il est victime d’une crevaison. Démuni, il trouve assistance auprès d’un homme du voisinage qu’il accueille chez lui, le docteur Roberto Miranda. Observatrice cachée de la rencontre, Paulina croit reconnaître la voix de son bourreau. S’engage alors un thriller politique et psychologique durant lequel chacun des personnages de ce huis-clos oriente sa quête de vérité ou de déni.

L’une multipliant ses arguments pour arracher les aveux de son tortionnaire présumé, en lui évoquant les détails de son martyre resté dans sa mémoire, dont la diffusion lors de ses viols du Quatuor à cordes n°14 de Schubert qui donne le titre de la pièce. Elle dévoile ses douleurs, ses non-dits et sa soif incontrôlée de vengeance. Son mari, pas convaincu de la réalité des faits et de l’identité de leur auteur, tergiverse, hésite et revendique la notion de justice avant toute condamnation. Quant au docteur, séquestré par le couple, il lutte pied à pied pour réfuter les actions qui lui sont reprochées, tout en entretenant le suspens, avant de craquer. Ces différentes situations présentées sans manichéisme ostentatoire ouvrent une réflexion mordante sur la notion de mémoire qui accompagne le besoin de vengeance et celle de justice pour éviter d’agir comme ceux que l’on veut condamner.

Dans un espace clos sobrement matérialisé, la mise en scène de Christopher Daniel Stewart articule avec cohérence les différentes fluctuations de cette représentation. Elle bénéficie de l’apport de Juliette Degenne (Paulina) qui traduit avec fougue les différentes strates intérieures d’une femme écartelée entre ses souvenirs douloureux et sa nécessité de vivre au présent, et de Gérard Chaillou (Gerardo) qui distille avec finesse et brio les ressorts, les interrogations et les ambiguïtés de son personnage. On mettra par contre un bémol sur l’interprétation de Miranda par Claude Lesko qui manque de nuances dans un registre parfois outrancier et uniforme qui frôle la caricature.

©Céline Zug

La Jeune fille et la mort de Ariel Dorfman, mise en scène Christopher Daniel Stewart, directeur artistique Thibaud Valérian, avec Juliette Degenne, Gérard Chaillou, Claude Lesko. Musique Jean-Marie Sénia. Durée : 1 heure 30. En tournée de septembre 2012 à décembre 2013.

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