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Critiques / Autres Scènes

La Grande Guerre par la compagnie Hotel modern

par Corinne Denailles

Du grand art

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Après l’impressionnant Kamp, qui évoquait les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale, Hotel modern, met son art du théâtre d’objets au service de la mémoire des poilus de la Grande Guerre. Armés d’une boîte à outils regorgeant de matériaux les plus divers, les membres de la compagnie néérlandaise Hotel modern, occupent le plateau au sens propre du terme, se déplaçant dans la pénombre entre les multiples dispositifs dont l’encombrement est inversement proportionnel à la taille des figurines mises en scène. De grandes manœuvres pour une manipulation d’objets qui relèvent de l’infiniment petit. Ce rapport d’échelle est le principe du spectacle qui met en scène la Grande Guerre à partir des lettres d’un poilu à sa mère. Il donne à voir ce que le malheureux soldat essaie de décrire. Chaque scène créée en miniature est projetée sur un grand écran où par la magie du travail sur le son, les petites maquettes prennent des dimensions de scènes grandeur nature et l’on croirait presque assister à un documentaire d’époque en noir et blanc, les soldats abattus dans la boue, la lumière blafarde, le chaos, l’horreur, etc. A cour, sur de grands tréteaux, le théâtre des opérations, la grande tuerie organisée avec des objets qui tiennent des jouets d’enfants révèle brutalement toute sa violence, l’aspect dérisoire du conflit, des vies humaines. A jardin, une poignée de brins de persil est enflammée, sur l’écran c’est la forêt en feu ; au centre, de l’eau dans un bac sur fond jaune, c’est la mer, qui engloutit les canots de sauvetage. La compagnie fait un travail remarquable, minutieux et inventif d’une virtuosité technique sidérante mais le spectacle manque du souffle de la théâtralité dont la lecture des lettres du poilu aurait dû être le vecteur, grâce à un travail d’acteur plus fin et intériorisé. Il n’en reste pas moins que l’on reste émerveillé devant tant d’inventivité et de savoir-faire. Sous cet angle, le théâtre d’objets ouvre des perspectives inédites.

La Grande Guerre par la compagnie Hotel modern. créateurs et acteurs Herman Helle, Pauline Kalker, Trudy Klever, Arthur Sauer conception Herman Helle. Dans le cadre du festival Mar.T.O., au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu’au 4 décembre ; mercredi et jeudi à 19h30, vendredi et samedi à 20h30. Durée : 1h20. Tel : 01 55 48 91 00

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