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Critiques / Théâtre

La Festa de Spiro Scimone

par Corinne Denailles

Vie de famille

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On a pu découvrir le dramaturge sicilien Spiro Scimone au théâtre de la Cité internationale en 2001 ( La Festa , où il jouait la femme, et El Bar ) et en 2004 ( Il Cortile ). Dans la lignée de Dario Fo, Scimone est d’abord un acteur, et son écriture est faite pour servir le jeu. Il a fondé sa compagnie avec Francesco Sframelli avec lequel il joue les quatre pièces qu’il a écrites. La Festa nous tend un miroir sans complaisance dans lequel nous contemplons nos faillites en riant.

Un enfer ordinaire

Trente ans de mariage, ça se fête, c’est sûr, avec un bon gâteau aux fraises, ou au chocolat. Dans le principe on pourrait croire à une charmante et tendre comédie, mais on comprend d’emblée qu’il s’agit d’une tout autre histoire, beaucoup moins romantique. Rarement l’expression planter le décor n’aura fait autant sens. Dans un intérieur improbable, pas de salon, seulement deux cubes translucides qui renferment l’un la cuisine, l’autre la salle de bain. Un couple, plus très jeune. Lui (Bernard Giroudon), lisant le journal avachi sur une chaise, en marcel et caleçon, elle (Christine Fersen) en chemise de nuit fatiguée qui donne le ton dès la première phrase adressée à son mari : « j’ai compris pourquoi tu ronfles ». Et voilà, c’est parti pour une heure de concentré de violence ordinaire. Ces deux-là fonctionnent sur pilote automatique à coup de phrases minimalistes, à l’image de la communication familiale, lancées comme autant de flèches empoisonnées.

Un couple vachard et pervers

Finalement, ce sont trente années passées à ajuster le tir, épier et stigmatiser les manies de l’autre, à ne pas pouvoir respirer, ni seul ni à deux. Ni à trois, avec ce fils encombrant (Serge Bagdassarian) qui, tout benêt qu’il ait l’air, rapporte à la maison plus d’argent que le père, exténué et alcoolique. Quand l’atmosphère devient vraiment irrespirable, ils vont, à tour de rôle prendre l’air dans la salle de bain. À travers les parois transparentes, on les voit s’aérer l’esprit en s’enfumant les poumons avant de repartir à la charge. On penserait à Signoret et Gabin dans Le chat, d’après Simenon, où les deux personnages se déchirent à mort, si la pièce n’avait pas un côté comédie italienne à la Ettore Scola, grinçante et drôle, qui croque des personnages dans leur quotidien le plus ordinaire et en font de vrais personnages tragiques. Christine Fersen et Bernard Giroudon forment un couple vachard et pervers, chacun à leur manière, à la fois bourreau et victime, instrumentalisant le fils Gianni qui lui-même ne manque pas de jugeote pour utiliser l’un et l’autre à son avantage.

Pour le metteur en scène bulgare Galin Stoev, qui sera au programme du prochain festival d’Avignon, La Festa est « une plaie ouverte qui ferait rire ». De ce rire très italien qui le dispute à la compassion et à l’ironie et qui n’est jamais ni tout à fait méchant ni tout à fait innocent.

La Festa de Spiro Scimone mise en scène Galin Stoev, avec Christine Fersen, Bernard Giroudon, Serge Bagdassarian au théâtre du Vieux-Colombier à 20h (19h le mardi). Jusqu’au 8 mars. Réservation : 01 44 39 87 00.

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