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Critiques / Autres Scènes

La Dernière leçon de Noëlle Châtelet

par Dominique Darzacq

Bouleversant voyage initiatique

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« Ce sera donc le 17 octobre », c’est ainsi, par une phrase toute simple, mais « une phrase couperet » que la mère de l’auteure, ancienne sage-femme de 92 ans, qui entendait « mourir seule avant que la maladie ou la démence ne décide pour elle », annonça à ses enfants qu’elle mettrait fin à ses jours. « Cette phrase, je n’étais pas prête à l’entendre » avoue Noëlle Châtelet qui, après la disparition de sa mère, entreprend sous la forme d’une lettre, le récit d’une mort annoncée et le cataclysme que provoque la décision de sa mère. « Pour moi, le temps avait soudain changé de matière, le temps ne se comptait plus, il se décomptait ».

La narratrice s’interroge, se révolte, tente d’arrêter l’implacable mécanique, mais finit, à son corps défendant, par s’asseoir sur ce très singulier et douloureux banc d’école que lui assigne sa mère. Tentant de comprendre, entre acceptation et soubresauts de révolte, elle l’accompagnera jusqu’au bout, partageant avec elle des moments de tendre complicité mais aussi de fou rire. Tel celui-là, qui scella leur dernier déjeuner ensemble, l’une, la mère, se régalant d’huîtres, l’autre, la fille du riz au lait préparé à son intention. « De temps en temps tu t’esclaffais, « On aura bien ri hein ? ». Alors ce futur antérieur me rappelait à l’imminence de ta mort. »

Ainsi, cette mère adorée et déconcertante qui, dès l’enfance, lui apprit que « les bobos du corps et de l’âme font un bien étonnant duo » et grâce à qui « elle en décline, de livre en livre, les harmonies et les dissonances », dans une ultime leçon, lui fera décliner tout l’alphabet du deuil.

Il y fallait bien la délicate finesse de Gérald Châtelain pour porter à la scène ce bouleversant voyage initiatique traversé de rires, de larmes et d’humour et rendre justice à la vibrante et pudique écriture de Noëlle Châtelet. Avec la complicité du marionnettiste Jean-Pierre Lescot, maître du théâtre d’ombre et des espaces sensibles, secondé par le jeu souple de la comédienne Catherine Rétoré, il pose sur un plateau incliné, la fille, la mère et la mort et organise de subtils jeux d’ombres et de lumières comme écrin du souvenir.

« La Dernière leçon » de Noëlle Châtelet, mise en scène Gérald Châtelain , dans le cadre de la Biennale Internationale de la marionnette, avec Catherine Rétoré, et les marionnettistes Sylvain Blanchard et Natacha Stoyanova. 1h 15
Théâtre Artistic Athévains tel 01 43 56 38 32, http://www.artistic-athevains.com/theatre/theatre.html

Photo Marion Duhamel

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