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Critiques / Théâtre

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau

par Corinne Denailles

Une belle distribution

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Zabou Breitman revient à Feydeau, après la mise en scène du Système Ribadier à la Comédie-Française (Vieux Colombier 2013), avec La Dame de chez Maxim, grand succès de l’auteur. Comme souvent chez Feydeau, la mise en place des éléments de la mécanique est un peu longue et sa mise en scène pas des plus faciles. Zabou Breitman tire le meilleur profit de cette installation dont le ressort, quand il va se détendre, va envoyer valdinguer tout l’édifice social. En l’occurrence le ressort prend l’allure de la Môme Crevette, danseuse au Moulin rouge, une sacrée poulette qui n’a pas froid aux yeux et qui va faire valser à un rythme endiablé le monde petit-bourgeois dans lequel elle est tombée.
La veille, exceptionnellement le docteur Petypont, dont ce n’est pas la nature, a fait la fête avec son ami Mongicourt (Christophe Paou) et s’est retrouvé au petit matin endormi sous le canapé du salon, renversé au milieu d’une pièce en grand désordre. N’ayant aucun souvenir des événements passés, à sa grande surprise, il découvre dans son lit la Môme Crevette en guêpière. À partir de là, il va s’agir de mystifier l’épouse pour qu’elle ignore sa présence. La Môme Crevette va s’y employer avec beaucoup d’à-propos dans une scène hallucinante où, dans le cadre de l’alcôve, elle apparaît en archange à l’austère Gabrielle (extraordinaire Anne Rotger, qu’on a pu voir dans un tout autre emploi dirigée par Joël Pommerat dans Ça ira fin de Louis). Sans sourciller, l’archange enjoint à Gabrielle de se rendre à l’autre bout de ville où un homme lui dira qu’elle va attendre un enfant, malgré son âge, qui sera le sauveur. Confite en « dévoteries », Gabrielle s’exalte sans soupçonner l’énormité du canular. Dès lors, le jeu de cache-cache enfle, prend des proportions insoupçonnées, tous s’agitent tels des pantins animés par la môme, jusqu’à ce que l’histoire se dégonfle et que la vérité éclate.

Au second acte, on se retrouve à un mariage improbable au cours duquel la Môme Crevette, qu’on prend pour l’épouse officielle, jusqu’à ce que celle-ci débarque évidemment, prend un plaisir enfantin et jubilatoire à lancer de son « Et allez donc c’est pas mon père » accompagné d’un lever de jambe convaincu qui convaincra tout le monde que puisque c’est la mode à Paris, comme semble le suggérer Petypont définitivement épuisé, il faut l’adopter. Léa Drucker incarne avec verve cette fille des faubourgs à la gouaille pas trop appuyée à qui elle donne de l’intelligence et du peps. Micha Lescot est parfait dans le rôle du mari éberlué et candide à souhait, les cheveux en pétard, une barbe de trois jours, dans une tenue en désordre à l’image de son esprit dépassé par les événements derrière lesquels il court en vain. Le nom un peu ridicule de Petypont, c’est le pompon qui contredit la taille du comédien. Il forme un couple impayable avec Anne Rotger, petite et menue, écrasée par un énorme chignon crêpé et une tenue grise de grenouille de bénitier. L’inattendu André Marcon en vieux général coquin est réjouissant. Dans un décor pas très beau mais très spectaculaire façon carton-pâte, Zabou Breitman multiplie les effets comiques avec bonheur, discret clin d’œil aux Dupont d’Hergé, inimitable valet de pied qui fait ses annonces la bouche pleine, joué avec talent par Eric Prat, pas de portes qui claquent mais des entrées et sorties précipitées. Malgré quelques baisses de régime, le spectacle burlesque est interprété par une belle équipe de comédiens.

La Dame de chez Maxim
de Georges Feydeau. Mise en scène de Zabou Breitman. Avec Léa Drucker, Micha Lescot, André Marcon, Christophe Paou, Eric Prat, Anne Rotger, Valérian Béhar-Bonnet, Philippe Caulier, Ghislain Decléty, Solal Forte, Constance Guiouillier, Pierre-Antoine Lenfant, Damien Sobieraff, Pier-Niccolò Sassetti. Décor, Antoine Fontaine. Musique, Reinhardt Wagner. Son, Léonard Françon. Costumes, Elsa Pavanel. Lumières, Stéphanie Daniel. Au théâtre de la porte Saint-Martin du mardi au vendredi à 20h, samedi à 20h30, dimanche à 16h. Durée 1h45

© Jean-Louis Fernanrdez

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