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Critiques / Théâtre

L’Oral et Hardi

par Corinne Denailles

Jacques Bonnaffé brûle les planches

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Jacques Bonnaffé est un amoureux, de la vie, du vélo, du théâtre, des gens, de la poésie. Dans ce dernier domaine, il faudrait plutôt parler de passion dévorante, obsédante et obsessionnelle, militante. Quand on ne le voit pas au cinéma c’est qu’il pédale sur un plateau de théâtre dans la peau d’un coureur cycliste, dans un spectacle à deux voix avec le trompettiste Eric Le Lann intitulé 54 x 13 ou joue l’entraîneur dans Le Mental de l’équipe d’Emmanuel Bourdieu et Frédéric Bélier-Garcia. Mais il ne faut pas croire pour autant qu’il s’est fait une spécialité du sport sur planches. Ce n’est qu’une de ses multiples facettes. La poésie est un des versants les plus ensoleillés de sa personnalité. On a pu le voir en duo avec le poète belge Jacques Darras (Jacques two Jacques).
C’est peut-être parce qu’il est lui-même un gars du nord qu’il semble avoir de réelles affinités avec les poètes belges. Il a entrepris de faire connaître Jean-Pierre Verheggen, une sorte de Novarina Belge qui déploie la même logorrhée poétique et frénétique, un rapport similaire à la langue, « au fond Artaud a raison. C’est d’la viande, la langue ! » dit Verheggen quand Novarina nous parle de la Chair de l’homme. André Velter parle à son sujet de « chevauchée verbale…Poète phénomène, poète énergumène, il est l’inventeur d’un genre nouveau, l’opéra bouche ». Ces propos s’appliqueraient tout aussi bien à Novarina qui taille dans les mots, les déverse dans nos oreilles comme Rabelais la nourriture dans le gosier de Gargantua. Mais, ne poussons pas la ressemblance trop loin. Novarina est un esthète, un philosophe qui pense le monde alors que Verheggen se rangerait plutôt du côté des bons vivants, adeptes du jeu de mot à outrance. Il se laisse volontiers embarqué dans le vertige des sonorités qui de culbutes en glissades produisent télescopages et incongruités tous azimuts en virtuose de la figure de style cul par-dessus tête et double axel arrière. Bonnaffé, athlète de la scène, bonimenteur génial et passionné, déploie des trésors d’humour pour introniser le public en poésie et démontrer ainsi que se laisser aller à goûter les joies de la langue c’est gagner un peu plus d’espace vital et de liberté.

L’oral et hardi un spectacle de Jacques Bonnaffé, textes Jean-Pierre Verheggen, jusqu’au 4 octobre 2008. Théâtre de la bastille Du mardi au samedi à 21h, dimanche 17h. Tel. 01 43 57 42 14. Durée : 1h20.
crédit photo : JEV

Première publication : 19 décembre 2007

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