Accueil > L’Immédiat de Camille Boitel

Critiques / Autres Scènes

L’Immédiat de Camille Boitel

par Corinne Denailles

Quel cirque !

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le circassien Camille Boitel n’est pas un artiste pressé ; il prend le temps de concocter ses spectacles, de les faire mijoter dans la bassine de son imaginaire, de tourner et retourner ses idées sur le plateau avant de dévoiler un pan de son univers extravagant. Formé chez Annie Fratellini, il est un admirateur inconditionnel du clown russe Grock. En 2003 il était l’improbable Homme d’Hus et le voici de retour, six ans plus tard, avec L’Immédiat, encore plus improbable, de ce genre de spectacle qui vous fait dire en pouffant de plaisir : « mais où va-t-il chercher tout ça ? ». Le cirque n’a jamais autant de talent que quand le savoir-faire et le langage des acrobates servent un projet plus ou moins narratif, ou poétique, en tout cas qui regarde au-delà du seul numéro. Camille Boitel et ses quatre comparses évoluent dans un univers saturé d’objets de récupération, façon arrière-boutique encombrée d’Emmaüs, un monde parfaitement instable, où il s’agit de se frayer un chemin, comme si de rien n’était, alors qu’autour de soi tout s’écroule, une pluie de cartons ou de jerricanes en plastique tombe des cintres, les murs s’affaissent, les meubles s’écrasent mollement au sol. Et comme saisis de mimétisme, les corps se comportent de même. L’un d’eux, pris de pulsion ascensionnelle, s’élève irrésistiblement dans les airs comme un ballon gonflé à l’hélium, malgré les efforts de ses camarades pour le bloquer au sol ; Marine Broise arrive à nous faire croire véritablement qu’elle s’envole au point qu’on cherche un temps le trucage. Le spectacle emprunte à l’inusable burlesque de Buster Keaton passé au filtre des obsessions kafkaïennes. On peut y voir juste des situations cocasses où les objets ne répondent plus à leur fonction habituelle et dans lesquelles évoluent des acrobates exceptionnels, mais on peut aussi lire une métaphore de notre pauvre condition humaine constamment obligée de négocier avec les pires contingences pour survivre, voire agrémentée d’une petite dimension métaphysique. Les personnages sont aux prises avec un univers hostile auquel ils s’adaptent pour ne pas être anéantis, développant des ressources ahurissantes. Une thématique follement circassienne. Le petit monde de Camille Boitel est de la famille des grands. Comme James Thierrée, il trace un territoire extrêmement personnel, original et virtuose.

L’Immédiat de Camille Boitel, avec Marine Broise, Aldo Thomas, Pascal le Corre, Camille Boitel, Jérémie Garry, Jacques-Benoît Dardant. Construction : Benoît Fincker (et lumière) Thomas de Broissia, Martin Gautron, Martine Staerk. Au théâtre de la cité internationale les vendredi, samedi, 20h30 ; jeudi, 19h30 ; dimanche 17h30
durée 1h • tout public à partir de 10 ans.

crédit photographique : Vincent Beaume

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.