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Critiques / Théâtre

L’Européenne de et par David Lescot

par Jean Chollet

Prises de langues

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Auteur aujourd’hui associé au Théâtre de la Ville, David Lescot est depuis le référendum de mai 2005 un européen convaincu.Pas nécessairement par les orientations économiques, les divisions, compromis ou arbitraires, qui régissent la Commission européenne à Bruxelles, mais avec le sentiment que l’unité de cette communauté peut aussi passer par des rapprochements et échanges culturels favorisant la compréhension en gommant les nationalismes. C’est cette espérance qui anime L’Européenne, pièce publiée en 2007 (Actes Sud - Papiers), régulièrement retravaillée depuis en fonction des pays de représentation et lauréate du Grand Prix de Littérature dramatique en 2008. Il en résulte un spectacle théâtral à la fois polyglotte et musical, pour lequel le public figure les nombreux interprètes nécessaires aux vingt-trois langues différentes parlées aujourd’hui au parlement européen, réunissant vingt-sept pays membres. Apostrophés ou pris à témoins, ils assistent aux tribulations d’un duo cocasse composé de Norma Gette, sous-déléguée aux affaires culturelles européennes et d’Albine Degryse, linguiste belge et bulgare, adepte de “ l’intercompréhension passive ” (Marie Dompnier et Elizabeth Mazev épatantes), confrontées à de multiples préoccupations linguistiques et culturelles. Tandis que s’affichent les résultats d’un dernier référendum (partagé comme il se doit entre les "Ja" et les "Nein" ou les "Non" et les "Oui"), la rencontre, compliquée de difficultés de communication, avec des artistes venus de différents pays alimentent les débats suscités par trois musiciens en quête d’orchestre, un interprète italien, un performer portugais révolté, un poète emphatique francophone, une jeune femme slovaque, et le compositeur Gérard-Denis Pelletier (Scali Delpeyrat) qui souhaite remplacer l’actuel hymne européen - Ode à la joie de Beethoven – “qui a été joué à l’anniversaire d’Hitler ” et est devenu “ en 1974, l’hymne national de la République raciste de Rodhésie, en Afrique du Sud”. La tonalité ludique et drôle de la représentation, qui associe avec bonheur différentes formes d’expressions scéniques, n’exclut pas pour autant la résonance politique et pointe avec ironie les dysfonctionnements et les fractures de la Commission européenne, encourageant, au-delà des frontières nationales, un métissage culturel et linguistique à même d’être rassembleur. Dans le décor métallique structuré et partiellement mobile d’Alwyne de Dardel, l’ensemble des comédiens-chanteurs et musiciens fait preuve d’une vitalité communicative et réjouissante, à même de faire entendre avec bonheur les différentes sonorités de langages et de musiques qui portent sens dans un spectacle reflétant à sa manière le plaisir d’être ensemble. Et, lorsqu’ au final un magnifique danseur (Victor-Hugo Pontes) entraîne dans une valse effrénée une marionnette représentant la vieille Europe, on peut voir à travers le symbole une lueur d’espoir pour demain.

L’Européenne, texte, musique et mise en scène, David Lescot, avec Scali Delpeyrat, Marie Dompnier, Piera Formenti, Lenka Luptakova, Elizabeth Mazev, Cristiano Nocera, Victor Hugo Pontes, Giovanna Scardoni, Christophe Van de Velde et les musiciens Karine Germaix, Clément Landais, Virgile Vaugelade. Scénographie Alwyne de Dardel, lumières Joël Hourbeigt, costumes Sylvette Dequest. Durée 1 h 40. Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses jusqu’au 7 octobre 2009. Tournée de novembre 2009 à avril 2010 : TNBA Bordeaux, T.U. Nantes, Blois, Limoges.

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