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Critiques / Théâtre

L’Enfer de Gabor Rassov

par Corinne Denailles

Le bal de Satan

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Gabor Rassov, qui adore s’amuser avec les grands personnages et les grands mythes (il a réécrit à sa manière l’histoire de Néron et le roman de Fantômas), donne sa version de L’Enfer de Dante. Un vision plus comique que tragique, même si l’on descend dans les neuf cercles de l’enfer, en compagnie du vieux Virgile. Rassov imagine qu’un lointain descendant du poète italien part à la recherche de sa bien-aimée Béatrix qui se trouve quelque part dans le royaume des morts. Il découvre un univers souterrain gangrené par la corruption, puisque Satan en a fait une juteuse affaire commerciale. On y danse et fornique beaucoup. Après bien des recherches, un nouveau Dante retrouve sa belle et entreprend de la ramener sur la terre. Comme dans la légende d’Orphée (l’auteur s’empare d’un autre mythe, trop heureux de réinventer deux classiques pour le prix d’un), il ne doit pas se retourner pour regarder la femme qui le suit. Résistera-t-il à cette attraction ? C’est le suspens des derniers moments de cette diablerie.
Le metteur en scène Pierre Pradinas, directeur du Centre dramatique de Limoges où il travaille en symbiose avec Gabor Rassov), revendique la réalisation d’ « un monde, entre rire et effroi, qu’aurait pu cauchemarder Méliès ». En effet, une vive fantaisie noire est à l’oeuvre. Une fois quitté l’univers quotidien, le spectateur est propulsé dans un univers changeant, aux rochers noirs, que la vidéo prolonge et éclaire d’images bleu nuit et rouge carmin. Les scènes peuvent être gaillardes, le sexe étant l’antidote au défilé carnavalesque des têtes de mort. Romane Bohringer joue Béatrix avec son charme rêveur, David Ayala incarne un Satan lubrique avec la force, l’autorité et la drôlerie qui font de lui l’un des meilleurs acteurs de sa génération.
La soirée est tournoyante, plaisante, très « boîte de nuit ». Maîtrisée du côté du mélange (difficile)- entre le jeu réel et les éléments virtuels, elle souffre néanmoins d’une inspiration un peu convenue. La satire annoncée – celle de notre civilisation du profit à tout prix – s’efface bien souvent au profit d’un sens d’une plaisanterie blagueuse à mille lieues de « La Divine Comédie ».

L’Enfer de Gabor Rassov, d’après La Divine Comédie de Dante Alighieri, mise en scène de Pierre Pradinas, musique de Christophe Minck et Dom Farkas, décors de Jacques Rouxel, création vidéo de Simon Pradinas et Hervé Posch, avec David Ayala, Romane Bohringer, Thierry Gimenez, Stéphane Godefroy, Danik Hernandez, Nathalie Loriot, Joan Mompart, Gabor Rassov, les musiciens Jean-Fi Dary et Christophe Minck. Après la création au théâtre de l’Union à Limoges, en tournée : Nice (19-20 mars), Mende (29 avril), Annecy (6-7 mai), La Rochelle (13-14 mai), Alès (27-30 mai), Montpellier (Printemps des comédiens, 5-7 juin). Durée : 1h45.

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