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Critiques / Théâtre

L’Echange de Claudel

par Gilles Costaz

La jeune fille et la violence du monde

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Claudel n’est sans doute jamais aussi fascinant que lorsqu’il laisse entrer dans son théâtre tout ce qu’il vomit : la sauvagerie, la sexualité hors mariage, la violence économique. Tout cela, il le libère dans L’Echange, où la pureté d’une jeune fille est mise à mal par l’infidélité d’un amant, la férocité d’une femme dévoratrice et l’arrogance d’un homme d’affaires. Cela se passe aux Etats-Unis, mais ce pourrait être l’Amérique de Chateaubriand ou de Tocqueville : le cadre du drame est la côte Ouest, longeant l’océan Pacifique, où la nature a encore un caractère originel. Le jeune amant est, d’ailleurs, un métis indien. Le monde moderne n’y est pas moins présent : la femme qui va dominer le jeu, jusqu’à l’assassinat, est une actrice américaine très connue et, à travers la présence de l’affairiste, se révèle la guerre financière chère à la classe dirigeante yankee.
Christian Schiaretti est très familier de l’œuvre de Claudel. Il en connaît toute la spiritualité et tous les codes. Il monte L’Echange, en choisissant la première version du texte qui est plus âpre, de façon extrêmement dépouillée : sur un plateau nue, une masse de terre tombe du ciel à la première minute ; c’est sur cette langue de sable, qui ressemble à une île, que se passera l’essentiel de l’action. C’est un dépouillement coloré, de par la vivacité des costumes et le lointain jaune et bleu de la rive et de la mer. Louise Chevillotte incarne la jeune amante bafouée ; elle est encore frêle face à une partition très difficile mais a une belle présence tendre, qui s’affirme au cours de la soirée. Le Congolais Marc Zinga n’est pas toujours à l’aise avec la prosodie claudélienne mais sa façon très physique de s’emparer du rôle de Louis le métis est forte et intense. En homme d’affaires aux allures supérieures, Robin Renucci prend le parti d’un détachement qui a beaucoup d’élégance. Enfin, Francine Bergé donne au rôle de l’actrice follement possessive un éclat exceptionnel. C’est une comédienne bien connue mais on ne l’imaginait guère dans ce répertoire. Elle y est d’une puissance étonnante, noire et allègre. Devenue une tragédienne de très haut vol, elle est la grande flamme de cette belle mise en scène picturale.

L’Echange de Paul Claudel, mise en scène de Christian Schiaretti
scénographie Fanny Gamet
son Laurent Dureux
lumières Julia Grand
costumes Mathieu Trappler
maquillage Françoise Chaumayrac
conseil littéraire Guillaume Carron
assistante à la mise en scène Marion Lévêque
corps Graham Fox
voix Emmanuel Robin
avec Francine Bergé, Louise Chevillotte, Robin Renucci, Marc Zinga.
Les Gémeaux, Sceaux, tél. : 01 46 61 36 67, jusqu’au 1er décembre.
Théâtre national populaire, Villeurbanne, tél. : 04 78 03 30 00, du 6 au 22 décembre.
Durée : 2 h 10.

Photo Michel Cavalca : de gauche à droite, Marc Zinga, Louise Chevillotte, Robin Renucci, Francine Bergé.

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