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Critiques / Théâtre

L’Avare de Molière

par Corinne Denailles

Une mise en scène radicale

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Une mise en scène radicale pour cet Avare revisité dans lequel Ludovic Lagarde voit la folie de nos sociétés contemporaines atteintes de consumérisme aigu. L’avarice d’Harpagon est un syndrome de rétention de toutes formes de désirs à travers l’argent, une incapacité à aimer, à donner, à s’intéresser à autrui pour ce qu’il est et non pour le profit qu’il pourrait en tirer. Nous voici donc dans un hangar d’entreprise encombré de containers, lieu unique où se déroule la pièce, depuis la première scène où les amoureux Valère et Elise jaillissent en petite tenue de leur cachette (l’amour a changé ses lois depuis Molière) jusqu’à la scène finale où la cassette d’Harpagon est convertie en container aux allures de cercueil dans lequel il se réfugie, se couvrant le corps d’or tel Picsou ; le coffre refermé, on comprend que Harpagon est mort socialement ; un invité au mariage y dépose un bouquet de fleurs qui prend des allures de bouquet mortuaire. Beau final.
Le spectacle regorge de bonnes idées mais pêche par beaucoup d’agitation et par des options discutables telle que la cabane à frites plantée au milieu du décor. Maître Jacques, cuisinier en chef et chauffeur, est remarquablement interprété par Louise Dupuis ; elle est exactement à la bonne place, un pied du côté de la Commedia dell arte, l’autre du côté de la comédie. Subtil équilibre qui manque un peu d’une manière générale. Laurent Poitrenaux, qui est un comédien exceptionnel, a conçu un Harpagon psychologiquement déséquilibré, affligé de tics dès qu’on parle d’argent, violent physiquement avec ses enfants et son valet ; très drôle, entre autres, dans la scène où, à la recherche de sa cassette perdue, il met en joue la salle avec sa carabine, ou celle dans laquelle le mariage de sa fille ne lui inspire que l’obsession d’une union « sans dot ». Ce corps qui se désarticule, se dégonfle pour tout à coup tomber dans une agitation convulsive rappelle Charlie Chaplin, mais cela finit par confiner au numéro d’acteur virtuose, de même la talentueuse Christèle Tual ; elle fait de l’entremetteuse et intrigante Frosine une hystérique alcoolique qui fait beaucoup rire mais le trait est bien appuyé. Harpagon et son fils convoitent Mariane. Frosine qui, espérant de l’argent pour un procès en cours, promet la jeune fille à Harpagon. Le fils, chassé par le père, dérobe la cassette de mille écus enterrée dans le jardin (et que Harpagon surveille sur son écran vidéo) pour négocier l’argent contre Marianne.
Le spectacle fourmille de trouvailles, sûrement trop ; bizarrement il traîne en longueur alors que tout n’est qu’agitation et que le texte a subi quelques coupes qui effacent le dénouement heureux au profit du point de vue du metteur en scène. La mise en scène gagnerait à être élaguée, resserrée pour gagner en densité et en rythme mais Ludovic Lagarde a le mérite de donner une lecture formidablement moderne de la pièce.

L’Avare de Molière ; mise en scène Ludovic Lagarde ; scénographie Antoine Vasseur ; lumières, Sébastien Michaud ; costumes, Marie La Rocca ; musique Pierre-Alexandre “Yuksek” Busson. Avec Marion Barché, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Alexandre Pallu, Laurent Poitrenaux, Tom Politano, Julien Storini, Christèle Tual.
avec la participation de Jean-Luc Briand, Élie Chapus, Benjamin Dussud,
Sophie Engel, Zacharie Jourdain, Élodie Leau, Benoît Muzard. A l’Odéon jusqu’au 30 juin 2018 à 20h. Durée : 2h40.
Location : 01 44 85 40 40 / www.theatre-odeon.eu

© Pascal Gély

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