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Critiques / Théâtre

L’Amante anglaise de Marguerite Duras

par Corinne Denailles

Pulsions meurtrières

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Ce texte est inspiré d’un fait divers que Marguerite Duras avait lu dans la presse ; elle s’était déclarée scandalisée du sort réservé aux accusés lors des interrogatoires. A la fin des années 4O, une femme, Claire Lannes a tué son mari de méchante manière. Probablement pour dissimuler son meurtre, elle a découpé le cadavre en morceaux qu’elle a dispersés. La première version s’intitulait Les Viaducs de Seine-et-Oise, puis cela deviendra le roman L’Amante anglaise qu’elle adaptera ensuite pour le théâtre. L’écrivain transfigure les faits. Claire Lannes n’assassine plus son mari mais une cousine, sourde et muette, qui vit chez le couple. Elle dépèce le cadavre dont elle jette les morceaux dans des trains de marchandises du haut d’un viaduc. Une fois arrêtée, elle sera incapable d’expliquer son crime. On ne retrouvera jamais la tête du cadavre. La pièce met en scène l’interrogatoire du mari, puis de sa femme en deux parties d’une égale longueur. On ne sait pas très bien qui est celui qui interroge les époux ; quelqu’un qui veut contribuer à chercher la vérité plutôt qu’un policier. L’Amante anglaise a connu des interprètes illustres. Il y a eu d’abord la mise en scène de Claude Régy, en 1968, avec Madeleine Renaud, Claude Dauphin et l’acteur durassien par excellence, Mikaël Lonsdale qui se méfiait de l’incarnation ; plus tard, en 1999, on se souvient de Suzanne Flon et Jean-Paul Roussillon, avec Hubert Godon dans le rôle de l’interrogateur, dans une mise en scène de Patrice Kerbrat.

Un point de vue documentaire

Marie-Louise Bischofberger a respecté la volonté de l’auteur en faisant jouer les interprètes en costumes de ville, devant un rideau de fer, avec une table et deux chaises. En choisissant un point de vue documentaire et en introduisant une dimension réaliste, elle prend le risque de dissiper les mystères de la fiction et de ce personnage étrange dont on ne sait dire jusqu’où elle est sincère. La mise en scène privilégie le fait divers et la question de fond qu’il pose : chacun d’entre nous n’abrite-t-il pas des pulsions meurtrières ? Si la partition est d’égale longueur, elle n’est pas tout à fait d’égale qualité. Aussi André Wilms et Ariel Garcia Valdès, tous deux de très grands acteurs, ont la tâche ardue de faire exister des personnages masculins qui ne semblent avoir pour fonction que de préparer l’entrée de Claire Lannes interprétée par une Ludmila Mikaël lumineuse qui semble même s’amuser de la situation. Son interprétation s’affranchit radicalement des versions antérieures qui présentaient un personnage ordinaire de petite dame de banlieue. Suzanne Flon donnait de l’esprit à cette Claire en jouant joliment la vieille dame indigne. Mais Ludmila Mikaël est loin de ce registre. Elle prête à sa Claire une intelligence silencieuse et distante, une sensualité discrète et décalée, un ton un rien provocant, moqueur qui sied parfaitement à l’ambiguïté du rôle.

L’Amante anglaise de Marguerite Duras, mise en scène Marie-Louise Bischofberger, décor Bernard Michel, Lumières Dominique Borrini, son André Serré, images Caroline Champetier, costumes, Bernadette Villard. Avec Ludmila Mikaël, Ariel Garcia Valdès, André Wilms. Au théâtre de la Madeleine. Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 15h. tél. 01 42 65 07 09. Durée : 2h.

crédit photographique : Pascal Gély/ArtcomArt

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