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Critiques / Théâtre

Kiss me quick d’Ishem Bailey

par Jean Chollet

Nostalgique effeuillage des cœurs

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En ouverture de la nouvelle édition du Festival d’automne, ce spectacle imaginé par Bruno Geslin se place sous le titre de la chanson d’Elvis Presley pour évoquer l’univers du strip-tease dans l’Amérique profonde de la fin des années 1960. Inspirée par la pièce d’un jeune auteur new-yorkais, Ishem Bailey, composée à partir d’entretiens publiés par la photographe américaine Susan Meiselas dans son livre Carnival Strippers (2004), la représentation entrelace les destins de trois strip-teaseuses d’âges différents exprimant leur art dans l’une de ces baraques itinérantes qui fleurissaient à l’époque. Un temps bientôt révolu avec l’apparition des sex-shops et autres dérivés de l’industrie pornographique. C’est dans la perspective de cette disparition que se situe le quotidien de Patty, Lilli et Lena, dont les propos croisés révèlent le cheminement de leur condition et de leur pratique, en ouvrant sur l’intime, porteur de frustrations, d’espoirs et de rêves hypothétiques. Les trois interprètes, Evelyne Didi-Huberman – vaillante et savoureuse doyenne -, Lila Redouane et Delphine Rudasigwa, donnent vie et chair à ces voix de femmes avec une vitalité et une humanité qui les rend proches et parfois émouvantes. Malgré les bas résilles et l’esquisse de quelques shows, la mise à nu relève surtout ici de celle des âmes, sans moralisation ni jugement. Entre loge de préparation - propice aux confidences - et un plateau tournant accueillant les numéros (scénographie de Marc Lainé), Bruno Geslin a surtout créé un univers où le sordide et le burlesque baignent dans un climat nostalgique et d’une mélancolique qui s’expriment dans l’instauration d’une ambiance joyeusement sombre, créé aussi par les lumières (Laurent Bénard) et les projections vidéo, au rythme des musiques sixties et des percussions de Matthieu Desbordes. C’est surtout dans cette dimension que ce spectacle trouve une expressivité sensible et attachante.

Kiss me quick d’Ishem Bailey, librement inspiré d’entretiens réalisés par Susan Meseils dans son livre Carnaval Strippers, un spectacle de Bruno Geslin avec Evelyne Didi-Huberman, Lila Redouane, Delphine Rudasigwa et Matthieu Desbordes (batteur percussionniste, compositeur des partitions avec Teddy Degouys), scénographie de Marc Lainé, chorégraphie de Sophia Balma. Théâtre de la Bastille, tél. : 01 43 57 42 14, jusqu’au 17 octobre. Durée:1 h 35.

crédits photographiques : Jean-Julien Kraemer

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