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Kant de Jon Fosse

par Dominique Darzacq

Quand la technologie poétise la métaphysique

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« j’ai toujours été une sorte de minimaliste » explique Jon Fosse qui s’adresse aux enfants avec le plus grand naturel et de cette écriture épurée et pourtant riche, dont le rythme et le phrasé en disent plus que les mots. Avec Kant , il leur parle en toute simplicité des questions existentielles qui les taraudent. De celles-là qui assaillent Kristoffer et l’empêchent de dormir. Il a beau se dire qu’il est tard, que demain il doit aller à l’école, qu’il doit dormir. Rien à faire. Kristoffer se pose des questions sur l’univers. Se demande s’il est fini et si oui, qu’est-ce qu’il peut bien y avoir derrière ? Kristoffer suppute, imagine, se perd en conjectures. « Si l’univers et fini, peut-être y-a-t-il un géant qui vit derrière ? Et si on existait que dans le rêve d’un géant ? » . De questions insolubles en réponses angoissantes, Kristoffer appelle son papa qui pour le rassurer lui explique que depuis qu’il a lu un philosophe qui s’appelle Kant, il a mieux compris pourquoi dans la vie, on n’arrivait pas à tout comprendre. Et si papa aussi était dans la tête du géant s’interroge encore Kristoffer qui décidément pense beaucoup. Pourtant Kristoffer n’aime pas penser, ça lui fait peur !. « J’aime pas penser », « j’aime pas penser », « J’aime pas penser » scande Kristoffer sur un rythme furieux de rock avant d’attraper son album Mickey et de plonger enfin sous la couette.


Pour mettre en scène et mieux nous faire pressentir les vertigineuses interrogations métaphysiques de Kristoffer, Emilie Anna Maillet, secondée de son collectif artistique d’Ex-voto à la lune, mixe avec bonheur la réalité de l’acteur en scène et la vidéo en 3D. Use, comme on poétise, de toutes les diableries des nouvelles technologies pour brouiller les pistes et nous plonger dans un flot d’images mouvantes, dans un cosmos traversé d’étoiles filantes, strié de voies lactées incandescentes où les signes du zodiaque côtoient un géant assoupi. Autant d’images qui seraient vaines sans Régis Royer qui donne à son Kristoffer toutes les saveurs et les sautes d’humeur de l’enfance, joue au ballon, qu’il soit réel ou sa chimère en hologramme, avec la poétique vérité d’un gamin jouant sous le préau d’école.
« Le spectacle Kant est une expérience collective » explique Emilie Anna Maillet dans sa note d’intention. C’est surtout un spectacle qui allie avec éclat la forme et le fond, légèreté ludique et profonde réflexion, rêves et cauchemars. De toutes façons un spectacle à voir que l’on ait huit ans et même….beaucoup plus !

Le spectacle est accompagné d’installations interactives et parmi celles-ci la visite de la chambre de Kristoffer, « une expérience multi-sensorielle entre réel et virtuel ».

Kant de Jon Fosse. Traduction Terje Sinding, conception et mise en scène Emilie Anna Maillet. Jeu : Régis Royer. Vidéo : Maxime Lethelier. Graphisme 3D : Adrien Gentils, Joseph Sajous, Raphaël de Paris, Théo Rambur. Création 3D réalité virtuelle Guillaume Bertinet - (durée 1h) dès 8 ans
Le texte de la pièce est édité aux éditions de l’Arche

Théâtre Paris Villette en collaboration avec le Théâtre de la Ville jusqu’au 26 février
Théâtre Paris Villette 01 03 72 23 , Théâtre de la Ville 01 42 74 22 77

Tournée : Guidek (56) à L’Estran 7 mars, Lille au Grand Bleu du 16 au 18 mars, Compiègne Espace Jean Legendre 30-31 mars

Photos ©Maxime Letellier

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