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Critiques / Théâtre

John Gabriel Borkman d’Henrik Ibsen

par Corinne Denailles

Glaçant

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Le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier revient à Ibsen une nouvelle fois avec l’histoire de ce banquier idéaliste, ou mégalomane, qui a ruiné sa femme et ses clients en puisant dans leurs comptes bancaires pour alimenter une folle utopie. Quand la pièce commence, John Gabriel Borkman (Josef Bierbichler), sorti de prison depuis 8 ans, reste cloîtré au premier étage d’un manoir appartenant à Ella (Angela Winkler), la sœur jumelle de sa femme Gunhild (Kirsten Dene), que Borkman a aimée autrefois. Gunhild vit au rez-de-chaussée dudit manoir. Ils ne partagent plus rien. L’arrivée d’Ella, qui a élevé leur fils Erhart (Sebastien Schwarz), va bousculer l’immobilisme établi et faire sortir Borkman de son refuge, une dernière fois. En effet, atteinte d’une maladie mortelle, Ella voudrait que le jeune homme revienne auprès d’elle. Le conflit entre les deux femmes est le moteur de cette pièce qui met en scène des solitudes glacées. Borkman, qui porte l’entière responsabilité du désastre bancaire et familial, se conduit en homme incompris, sourd et aveugle à son environnement. Reclus dans les hauteurs de son antre solitaire et de son orgueil blessé, il n’a d’yeux que pour sa propre souffrance, convaincu de la légitimité de sa mission. Ostermeier porte un regard glaçant sur ces personnages, interprétés par des comédiens exceptionnels, qu’il livre à notre observation, sans états d’âme ni sentiments. En 1993, dans la mise en scène de Luc Bondy, Borkman, interprété par Michel Piccoli, avait pour nid d’aigle une bibliothèque monumentale (conçue par Erich Wonder). Ici, la scénographie de Jan Pappelbaum joue le minimalisme, la disparition. Enveloppé de brumes nordiques crépusculaires, l’espace en noir et blanc est à peine habité par un mobilier d’une absolue neutralité et par des êtres réduits à l’état de fantômes par l’incurie d’un seul. La situation pourrait être vaudevillesque ; elle est parfaitement tragique. Reste à savoir s’il faut absoudre ou condamner celui par qui le malheur est arrivé. Une question d’une certaine actualité pour cette pièce écrite en 1894.

John Gabriel Borkman d’Henrik Ibsen, mise en scène par Thomas Ostermeier avec Josef Bierbichler, Angela Winkler, Kirsten Dene, Sebastien Schwarz, Cathleen Gawlich, Felix Römer, Elzemarieke de Vos. en allemand surtitré. Au théâtre de l’Odéon jusqu’au 11 avril 2009 du mardi au samedi à 20h. Tél : 01 44 85 40 00. Durée : 1h50.

crédit photo : Arno Declair

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