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Critiques / Danse

Jerome Robbins par le Ballet de L’Opéra de Paris

par Yves Bourgade

Un centenaire qui n’a pas pris une ride

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Jerome Robbins nous a quitté en 1998. Il aurait eu cent ans cette année 2018 et sa production de chorégraphe n’a pas pris une ride et mérite que l’on célèbre cet anniversaire.
N’est-il pas largement admis que ce créateur américain a su donner une énergie nouvelle à la danse académique du XXème siècle, et a su « l’ouvrir aux rythmes urbains, la rendre à sa fonction de divertissement moderne et lui insuffler les interrogations du théâtre contemporain » ?
Le Ballet de l’Opéra de Paris avec lequel il a travaillé en invité entre 1974 et 1996, marque le centenaire de Jerome Robbins en programmant quatre de ses pièces dansées, trois étant déjà à son répertoire et une quatrième y entrant pour l’occasion et non des moindres, Fancy free, un ballet de trente minutes, qui lança sa carrière le 18 avril 1944 au Metropolitan opera de New-York.
Cet « Hommage » au chorégraphe américain donne une idée juste de la variété de son apport à la danse néo-classique américaine, étant admis qu’une grande partie de sa notoriété lui est venue par ailleurs de sa création d’une dizaine de comédies musicales, la plus célèbre d’entre elles étant West side Story créée en 1957 et devenue film en 1961, sur la musique de Leonard Bernstein.
C ‘est avec le même Bernstein qu’il créa Fancy free où il met en scène dans un bar, trois marins américains en bordée, ce qui lui permet de mêler habilement mime, danse populaire et virtuosité technique.

Les trois marins sont en compétition pour la conquête de deux femmes, ce qui permet au chorégraphe de révéler peu à peu le caractère de chaque personnage. Le premier est flamboyant, enchaînant battements, courses, tours rapides et tours en l’air, dérapages sur les talons. Le second personnage est plus romantique, sa danse est plus fluide, plus douce mais peut-être plus complexe rythmiquement. Le solo final du troisième marin multiplie force balancés de hanches et regards aguicheurs, une version provocatrice de la rumba. Danseur à ses débuts Jerome Robbins créa ce troisième solo.
Les danseurs de l’Opéra distribués dans ces rôles ont notamment compris qu’il fallait insuffler un rythme de jazz à la danse et tous sont bien soutenus par l’Orchestre de l’Opéra.
La version de L’après midi d’un faune sur la musique de Debussy créée en 1953 que propose Jerome Robbins, n’a plus rien à voir avec celle, sensuelle et d’une esthétique gestuelle angulaire, de Vaslav Nijinski. C’est, dans une salle de répétition de danse, la naissance subtile et naturelle du désir chez deux adolescents danseurs .
Le style de Jerome Robbins qui sait établir un vrai dialogue avec la musique, on le retrouve également dans les deux autres ballets inscrits au programme de l’ « Hommage » rendu par le Ballet de l’Opéra de Paris au chorégraphe : le solo A suite of dances sur des extraits de Suites pour violoncelle seul de Bach (1994) et Glass pieces sur des musiques du compositeur répétitif Philip Glass (1983). Cette dernière pièce qui met à contribution huit solistes et une grande partie du Corps de ballet est d’une énergie irrésistible et offre la possibilité de tester la potentialité du groupe. Le chorégraphe touche le spectateur autant par la pureté des lignes, des éclairages et du décor de fond de plateau : un simple assemblage de petits carreaux rouges.

Palais Garnier, 2,3,6,13,14 novembre 2018 à 19h30, 7, 8,9,10 novembre 2018 à 20h, 11 novembre 2018 à 14h30, durée 2h30, places de 10 à 150 €.

Photos"Francy Free" de Sébastien Mathé ONP

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