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Critiques / Théâtre

Je me souviens de Jérôme Rouger

par Gilles Costaz

Scènes de la vie de province

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Non, le texte n’est pas de Georges Perec, qui n’a d’ailleurs pas inventé mais repris (génialement) le principe du « Je me souviens » et de ces micro-images de la mémoire sortant en quelques lignes lourdes d’histoires personnelles et nationales. (L’idée initiale des I remember vient de l’Américain Joe Brainard). Le comédien Jérôme Rouger a pris sa plume pour faire son propre Je me souviens, ancré dans la province française. Écoutez-le commencer son spectacle : « Je me souviens que j’habitais à Terves, juste à côté de Bressuire, dans les Deux-Sèvres… Je me souviens que, quand j’allais en vacances, quand on me demandai d’où je venais, je disais des Deux-Sèvres, et personne ne savait jamais où c’était… Je me souviens qu’à chaque fois qu’on rentrait de vacances, notre voisin Pierrot Billy, venait nous voir à la maison et nous demandait : « Alors, vous êtes plus avancés maintenant ? »
Dans ce bal des souvenirs, les faits les plus anodins s’entrechoquent avec les grands événements (Mitterrand, Giscard) et tout ce qu’un enfant allant vers l’adolescence perçoit dans la rue et sur l’écran de la télévision. Les mêmes personnages reviennent : les héros du club de foot, les profs, la famille, l’entourage, les filles… Toute ces phrases courtes en disent long sur notre société et sur le temps passé qui ne passe pas vraiment puisqu’il parle d’une France proche et d’une France immobile et toujours inchangée.
Jérôme Rouger, seul en scène, pianote sur le petit ordinateur qu’il a avec lui et qui commande les projections d’images décalées sur le fond d’un décor nu. Ainsi la mise en scène de Jean-Pierre Ménard additionne-t-elle les regards sur cet univers provincial. Rouger, d’un ton gourmand ou étonné, aligne ses souvenirs, se déplace d’un angle à l’autre, passe de la vivacité à la rêverie. Qu’il soit pour chaque spectateur un martien ou un frère, il touche par l’authenticité de son jeu et de ses aveux, attaché qu’il est à la beauté de l’infime saisi par l’intime.

Je me souviens de et avec Jérôme Rouger. Mise en scène de Jean-Pierre Mesnard. Compagnie La Martingale, tél. : 05 49 94 32 19. En tournée : 14 novembre, Niort. 24 novembre, Lussac-les-Châteaux. Puis en tournée jusqu’en avril, voir www.lamartingale.com (1h 15).

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