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Critiques / Théâtre

Je disparais de Arne Lygre

par Jean Chollet

Variations identitaires

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Agé de 43 ans, cet auteur norvégien n’est pas un inconnu sur la scène française. Après sa première pièce, Maman et moi et les hommes (1998) montée par plusieurs metteurs en scène, Claude Régy crée L’Homme sans but en 2007, et cette année Jacques Vincey fait découvrir Jours souterrains. Dans leurs variations, elles témoignent au cœur d’une écriture concise, aux contours parfois elliptiques, d’un regard profond porté sur la violence souterraine du monde d’aujourd’hui et ses conséquences sur l’individu.

Ce nouvel opus traverse la trajectoire d’une femme, “ Moi ”, contrainte à l’exil par une menace non précisée, mais que l’on peut imaginer d’ordre politique. Quittant sa maison, qui depuis plusieurs décennies abritait son existence paisible auprès de son mari, elle part en entrainant “ Mon amie ” et la “fille de Mon amie”. Mais sans “ Mon mari ” porté absent au moment du départ. Commence alors pour les trois femmes, après une période d’attente, un cheminement accidenté qui s’accompagne d’une perte d’identité et de repères face au monde environnant. Elles tentent de se rassurer et de les combler en endossant - à travers des jeux de rôles -, d’autres personnalités en mesure de les reconstruire pour commencer une autre vie. Le plus souvent imaginées à travers une adversité qui rend hypothétique cette tentative illusoire, mais ouvre sur des questionnements sur la fragilité existentielle entre réalité et virtualité. En contrepoint, à la fin de la pièce, “ Mon mari ” resté dans ses murs, est prêt à s’accommoder de sa nouvelle situation. Il clôt le deuil d’un fils perdu et envisage de vivre un autre amour. Deux manières bien différentes de réagir face à une épreuve douloureuse à partir d’une histoire commune.

Stéphane Braunschweig conduit cette épopée mentale avec son exigence habituelle, en laissant judicieusement flotter la part énigmatique et déstabilisatrice d’une écriture dont les propos soulèvent pour chacun bon nombre d’interrogations. Elle s’inscrit dans un espace abstrait, dont la forte expression plastique et les lignes de fuites offrent un écho de résonances adapté et libèrent l’imaginaire, sous les fines lumières de Marion Hewlett. En évitant tout pathos, les solides interprétations de Annie Mercier (excellente Moi), Luce Mouchel (Mon amie), Pauline Lorillard (sa fille) Alain Libolt (Mon mari) et Irina Dalle (une étrangère), offrent aux personnages la distance souhaitée par le metteur en scène. En éclairant l’humour porté par Arne Lygre, mais aussi en procédant parfois à des glissements superflus qui altèrent la relation à son texte. Des détails qui ne remettent pas en cause l’intensité prenante de ce spectacle.

En décembre, Stéphane Braunschweig créera à Berlin en langue allemande Tage unter (Jours souterrains) qui sera présenté au Théâtre national de la Colline du 8 au 13 février 2012.

© Elisabeth Carrecchio

Je disparais de Arne Lygre, mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig, avec Annie Mercier, Luce Mouchel, Pauline Lorillard, Alain Liebolt, Irina Dalle. Costumes Thibault Vancraenenbrock, lumière Marion Hewlett, son et vidéo Xavier Jacquot. Durée : 1 h 25. Texte publié à L’Arche éditeur. Théâtre national de la Colline jusqu’au 9 décembre 2011. Théâtre national Bordeaux – Aquitaine du 10 au 13 janvier 2012, TNP – Villeurbanne du 24 au 28 janvier 2012.

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