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Critiques / Théâtre

J’aurais voulu être égyptien d’après Alaa El Aswany

par Jean Chollet

Dialogues d’exilés

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Ecrivain égyptien, né en 1957, Alaa El Aswany a connu une renommée internationale dès son premier roman L’immeuble Yacoubian publié en 2002 (version française Actes Sud – 2006), célèbre bâtiment construit au Caire en 1934 dans le style Art déco, en évoquant la mutation de ses habitants qui témoignaient de l’évolution de la société égyptienne. Aboutissement d’un projet amorcé depuis quelques années par Jean-Louis Martinelli, son second roman, Chicago (Actes- Sud – 2007) fait l’objet de cette adaptation théâtrale présentée aujourd’hui sous le titre de son recueil de nouvelles publié en 2009. Après la lutte pour la démocratie et le renversement du président égyptien Hosni Moubarak au début de cette année - dans lesquels l’auteur s’est impliqué -, sa résonance lui confère des signes avant-coureurs de la révolution.

Cette œuvre dense et foisonnante, réunit sur un campus d’une université de Chicago une communauté d’égyptiens expatriés, étudiants et universitaires. Vivants aux Etats-Unis après les attentas du 11 septembre 2001, des hommes et femmes de générations et d’origines différentes témoignent de leur conditions et de leurs aspirations existentielles et politiques. Parmi eux, Nagui el Sawad (Mounir Margoum) jeune idéaliste rebelle fraichement débarqué pour poursuivre ses études, Danana (Eric Caruso) étudiant corrompu, John Graham (Luc Martin Meyer) et Saleh (Abbès Zahmani) professeurs à l’université, Karam Doss (Azize Kabouche) chirurgien réputé, et des femmes Chris (Sylvie Mihaud) Maroua (Farida Rahouadj) et Wendy, jeune américaine, (Marie Denarnaud) qui a des degrés divers attestent de leurs situations sociales. Tous sont placés sous la surveillance de Safouat Chaker (Laurent Grévill) envoyé du gouvernement égyptien, chargé de contrôler ses compatriotes.

De l’intime au politique

Bien qu’elle soit le cadre du roman, l’immigration, abordée dans le choc des cultures et les réactions des personnages, ne constitue pas l’essentiel des thématiques abordées par El Aswany. A travers des rapports de couples, il dessine surtout le tableau d’une société attachée à ses racines, mais confrontée aux tabous religieux, à l’oppression des femmes, à la corruption du pouvoir, à la culture de classe et aux manques de liberté citoyenne, sexuelle et amoureuse. Chaque individu cherchant remède en fonction de sa position. C’est à partir de l’exposition de leurs relations humaines et de leurs contradictions que se dessine un engagement politique –attentiste ou militant -, qui puise ses motivations dans l’intime et le vécu en prenant des chemins détournés. Pour un aboutissement incertain. Comme en témoigne les réactions des uns et des autres lors de l’adoption d’un manifeste de revendications à l’attention du président égyptien lors de sa visite à Chicago. Une fine observation lucide empreinte d’une profonde humanité.

Le récit en scène

La transposition scénique de Jean-Louis Martinelli, s’inscrit dans une inévitable réduction du roman et de ses personnages, introduits toutefois de diverses manières dans la représentation. Leurs contours précis ou volontairement flottants contribuent à nourrir et maintenir une dimension romanesque distanciée, entre réalisme et illusion, lyrisme et ironie. Sur le plateau aménagé en salle de répétition qui, la nuit tombée, verra apparaître les découpes des imposants buildings éclairés de la ville (scénographie Gilles Tachet), un groupe de neuf comédiens complices (déjà cités) alternent tour à tour l’interprétation et la narration, au rythme d’une mise en scène parfaitement maîtrisée. Avec une simplicité subtile apparente, elle restitue avec justesse la trame et les intentions de ce récit attachant à bien des titres, qui trouve ainsi au théâtre une belle forme d’expression.

J’aurai voulu être égyptien, d’après le roman de Alaa El Aswany, Chicago (Actes Sud), texte français Gilles Gauthier, adaptation et mise en scène Jean-Louis Martinelli, avec Eric Caruso, Marie Denaraud, Laurent Grévill, Aziz Kabouche, Mounir Margoum, Luc Martin Meyer, Sylvie Milhaud, Farida Rahouadj, Abbès Zahmani. Scénographie Gilles Taschet, lumière Jean-Marc Skatchko, costumes Karine Vintache. Durée : 3 h avec entracte. Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 21 octobre 2011.

© Pascal Victor

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