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Critiques / Théâtre

Iphis et Iante de Isaac de Benserade

par Jean Chollet

Amour et identité sexuelle

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Poète et dramaturge aujourd’hui oublié, Isaac de Benserade (1612 - 1691), protégé de Mazarin et de Louis XIV, membre de l’Académie Française, devait surtout sa célébrité à ses créations de librettiste pour les comédies-ballets. Lors de la publication de cette pièce en 1634, il est âgé de vingt-deux ans et cette étonnante comédie en cinq actes et en vers, inspirée des Métamorphoses d’Ovide, fait preuve d’une assez grande liberté pour réagir à l’encontre des préjugés et des interdits dictés par la morale au XVIIe siècle. Depuis sa naissance, Iphis a l’apparence d’un garçon, un stratagème entretenu par sa mère Télétuze, soucieuse de ne pas provoquer le courroux de son époux Ligde qui attendait un fils. Consciente de la réalité de son sexe, Iphis tombe amoureuse de Iante, fille d’un voisin, Téleste. Devant cette idylle partagée, les deux pères décident de marier les jeunes gens. Après quelques résistances et inquiétudes, le mariage est conclu et … consommé lors d’une nuit qui ne laisse au couple que des souvenirs délicieux. Une transgression des règles établies, éclairant au-delà de l’homosexualité la profondeur des sentiments amoureux, quelles qu’en soient les contraintes, comme en témoigne Iante : “ Mais que je vais souffrir une guerre importune/ De ceux qui sont contents de ma triste fortune /Et qui ne jugeant rien que par l’extérieur/ Connaissent assez mal ce que j’ai dans le cœur. ” Mais nous sommes dans une comédie et, avec l’intervention de la déesse Isis, la situation rentre dans la normalité, sans estomper pour autant tous les troubles.

C’est à bon escient que Jean-Pierre Vincent a exhumé cette pièce de l’oubli, avec semble-t-il une certaine jubilation qui transparaît dans sa mise en scène. Si il faut naturellement situer la thématique dans la période du Grand Siècle, force est de constater qu’elle demeure aujourd’hui d’actualité, si l’on en juge par les réactions provoquées par “ le mariage pour tous ” sur la scène politique nationale. Un sujet qui reste brûlant lorsqu’il s’agit de s’interroger sur l’identité sexuelle. Pour cette nouvelle création en forme de découverte, le décor sobrement architecturé et coloré de Jean-Paul Chambas, porteur de clins d’œil allusifs sous les lumières d’Alain Poisson, évoque par quelques signes les localisations liées à l’historique de l’œuvre en traversant sa temporalité. Un aspect qui trouve un prolongement signifiant dans les costumes de Patrice Cauchetier. Sous la conduite du metteur en scène, les neuf comédiens font preuve d’une homogénéité convaincante et s’emparent des vers de Benserade avec une légèreté propice à l’écoute et à la clarification. Avec dans les rôles – titre, les deux anciennes élèves de l’école du Théâtre national de Strasbourg, Suzanne Aubert (Iphis) et Chloé Chaudoye (Iante), excellentes, qui expriment avec finesse les sentiments et l’ambigüité de leurs personnages.

© Raphaël Arnaud

Iphis et Iante d’Isaac de Benserade, mise en scène Jean-Pierre Vincent, avec Suzanne Aubert, Chloé Chaudoye, Catherine Epars, Anne Guégan, Mathilde Souchaud, Antoine Amblard, Eric Frey, Barthélémy Meridjen. Dramaturgie Bernard Chartreux, décor Jean-Paul Chambas, costumes Patrice Cauchetier, lumières Alain Poisson, son Benjamin Furbacco. Durée : 1 h 45. Théâtre Gérard Philipe – Saint-Denis jusqu’au 6 mai 2013.

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