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Critiques / Théâtre

Introspection de Peter Handke

par Jean Chollet

Gwenaël Morin rend le "je" collectif

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A travers ses expériences menées avec le “ Théâtre permanent” aux Laboratoires d’Aubervilliers en 2009, Gwenaël Morin revisitait le répertoire classique avec Sophocle, Büchner, Molière ou Racine.
Avec une volonté de clarification des textes représentés, à travers l’adoption de formes théâtrales dépouillées d’artifices, bousculant les codes et les esthétiques en privilégiant la précision du jeu collectif des comédiens.

Il aborde aujourd’hui l’écriture de l’écrivain allemand contemporain Peter Handke, avec cette œuvre, datée de 1966, qui s’inscrit, avec Outrage au public, Prédiction et Appel au secours, dans ses “pièces parlées ” (Editions L’Arche). Une pièce initialement prévue pour un dialogue entre un acteur et une actrice, composée d‘une confession en forme d’auto-accusation rétrospective d’un parcours de vie de la naissance à l’âge adulte. Entre “ Je suis venu au monde ” et “ Je ne suis pas devenu ce que j’aurais pu devenir.”, une litanie haletante qui, face aux règles morales et sociales et à leurs obligations, témoigne des actions et des manquements, des lâchetés et des révoltes, propres à l’ être humain. Des mots en forme d’appel de détresse issu de l’intime ayant une portée universelle.

Issue d’une rencontre de travail avec les élèves comédiens de la Xe promotion de l’école de la Comédie de Saint-Etienne, la réalisation de Gwenaël Morin installe le “je” anaphore de la pièce dans le collectif. Sur un plateau nu adossé à un pan noir portant les lettres “introspection ” (et en plus réduit le titre allemand Selbstezichigung), il réunit deux quatuors de comédiens et comédiennes dans un chœur positionné sur une même ligne, parfois brisée, en avant-scène face au public.

Dans la radicalité de la forme adoptée – qui n’est pas sans rappeler un “théâtre de l’urgence” pratiqué il y a quelques décennies – la prise de parole collective ou alternée restitue avec force et intelligence l’écriture et le propos de Handke par ses modulations et ses jaillissements dans une orchestration chorale solidement charpentée. Elle témoigne avec justesse des propos tenus par l’auteur sur ses “pièces parlées“, qui “ épousent la forme qui leur est donnée ; elles se limitent aux mots et ne peuvent donner aucune image, pas même une image contenue dans les mots …”. Des mots qui touchent en profondeur.

Introspection, texte de Peter Handke, mise en scène Gwenaël Morin, avec Mounira Barbouch, Mélanie Bourgeois, Alexandre Michel, Gianfranco Poddighe, Thomas Poulard, Nathalie Royer et en alternance deux élèves de l’école de la Comédie de Saint-Etienne. Durée : 45 minutes. Théâtre de la Bastille du 6 au 20 octobre 2011.

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