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Critiques / Danse

Impressing the Czar de William Forsythe

par Yves Bourgade

Du classique à la clownerie par le Ballet de Dresde

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Amis de la danse, curieux des nouvelles expériences, prenez la peine de lire avant le spectacle, le programme du Semperoper Ballett Dresden, en représentation au Palais Garnier à l’invitation de l’Opéra de Paris, avec « Impressing the Czar » de l’Américain William Forsythe.
Vous serez récompensés de cette démarche, car vous apprécierez davantage et comprendrez la complexité subtile de ce spectacle principalement dansé, bourré de références au répertoire dont il se moque, mais qui fait appel à la parole et à la pantomime, cette expression corporelle destinée à faire progresser la narration.
Vous y apprendrez aussi que le Semperoper Ballett Dresden est en bon français le Ballet de l’Opéra de Dresde et que le compositeur Carl Maria von Weber tenta d’installer dès 1825 la première troupe de Ballet permanente à la cour du roi de Saxe.
Le Semperoper fut construit en 1841 et ce bâtiment tire son nom de son architecte Gottfried Semper qui le reconstruisit également en 1878, suite à un incendie. En ruines après la Seconde Guerre Mondiale, le Semperoper fut à nouveau rebâti selon les plans originaux (mélange d’un style classique tardif et des éléments de la Renaissance) et rouvrit ses portes en 1985. Le bâtiment abrite, outre le Ballet, l’Opéra d’Etat et la Staaskapelle, l’un des plus vieux orchestres d’Europe.
Le Ballet de l’Opéra de Dresde compte 56 danseurs, dont 9 danseurs « principal », de différentes nationalités. Au temps de la République Démocratique Allemande, il eut notamment comme directeur Tom Schilling, puis, à partir de 1993, Vladimir Derevianko qui ouvrit le répertoire aux chorégraphes modernes. Tout en y maintenant les ballets romantiques, classiques et néo-classiques. En 2006, le répertoire continua à s’élargir, avec l’arrivée comme directeur artistique du Canadien Aaron Sean Watkin, passé comme danseur notamment en 1998 par le Ballet de Francfort, lorsque William Forsythe en était le directeur.

Il n’est pas indifférent de savoir que, depuis 2004, le chorégraphe américain travaille régulièrement avec le Ballet de l’Opéra de Dresde et qu’il considère que c’est la compagnie qui, avec le Ballet de l’Opéra de Lyon, rend le mieux justice à ses chorégraphies.
Impressing the Czar, créé en 1988,, est entré au répertoire du Semperoper Ballet en 2015. Comme les ballets spectaculaires que Marius Petipa concevait pour impressionner le Tsar de Russie et sa cour (Le Lac des Cygnes, La Belle au bois dormant etc.), il est découpé en quatre parties ou actes. Ce n’est qu’apparence. Il fait référence à ce type de « ballet narratif » de Petipa, mais, dit Forsythe, c’est « un ballet d’action sans action ».
Ce qui déroute dans un premier temps, dans la première partie, c’est le nombre de détails simultanés faisant références à des archétypes de la danse, dans ses différents pas et ses éléments décoratifs, le tout sur le mode burlesque et sur des musiques de Beethoven, Thom Willems (fidèle aux sons électroniques), Leslie Stuck, et Eva Crossmann Hecht.
La chorégraphie de In The Middle Somewhat Elevated , pièce indépendante créée en 1987 par le Ballet de l’Opéra de Paris, constitue la deuxième partie de Impressing the Czar. Forsythe y demande puissance et dépassement à ses danseurs (six femmes et trois hommes). Sa façon à lui de dire, dans des lumières de clair obscur, ce qu’il y a de douloureux et de sublime à la fois dans la maîtrise du langage formel néo-classique qui est le sien dans ce ballet toujours impressionnant et rendu différemment selon les physiques des interprètes.
Au troisième acte où la pantomime est reine, Forsythe suggère, avec peut-être moins de bonheur, par les surenchères d’une salle des ventes, que l’art et naturellement la danse, à ses yeux, sont impropres à la vente.
Le final, irrésistible, au quatrième acte, parodie sur la musique métallique de Thom Willems, les ensembles des grands ballets académiques : un corps de ballet composé d’écolières –cheveux courts, corsages et demi-bas blancs, robes plissées et chaussures noires,- se déchainent au cours d’une danse collective sacrificielle, sortie tout droit de clips TV et agrémentée de clowneries.

Palais Garnier, 5 et 6 janvier 2017 19h 30, 7 et 8 janvier 2017 14h30, 7 janvier 2017 20h. Durée 2h30. Places de 10 à 121 €.

Photos : Impressing the Czars ©Ian Whalen

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